Marie Pezé : “Pendant la pandémie, 40% des salariés ont souffert de conflits éthiques et de mal travailler, c’est cela le terreau du burn-out ”

Burn Out

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Depuis plusieurs mois, toutes les études montrent une dégradation de la santé mentale des salariés : la crise du Covid-19 a en effet eu des impacts sur nos manières de travailler, sur nos conditions de travail et sur notre rapport au travail.

Pour mieux comprendre les sources de mal-être au travail et remettre en perspective la situation actuelle, je reçois Marie Pezé, docteure en psychologie, psychanalyste et experte auprès de la Cour d’Appel de Versailles. Véritable pionnière, Marie Pezé a créé la première consultation “Souffrance et travail ” en 1997 au Centre d’Accueil et de Soins Hospitaliers de Nanterre. Il en existe désormais plus de 150 en France. Elle est par ailleurs responsable pédagogique du certificat de spécialisation en psychopathologie du travail qu’a lancé Christophe Dejours en 2008 au CNAM.

Quel est son parcours ? Comment en est-elle venue à s’intéresser à ce sujet? Quel regard porte-t-elle sur la souffrance au travail et son évolution ces dernières années ? Quid des inégalités hommes-femmes notamment pendant la pandémie ? Autant de questions auxquelles elle apporte un éclairage détaillé et passionnant. Lors de notre échange, elle revient, entre autres, sur les pathologies de surcharge (burn-out, TMS, violences) et sur les pathologies de la solitude (harcèlement moral, suicide).

La souffrance de ne pas pouvoir bien faire son travail

“Le harcèlement moral est d’abord un drame de la solitude, quand vous avez été humilié lors d’une réunion par votre manager lui-même sous pression des objectifs à atteindre, bien sûr que c’est une souffrance, mais quand vous sortez de la réunion, et quand, dans le couloir, tout le monde s’écarte de vous, ça c’est du harcèlement transversal au sens juridique du terme”, souligne-t-elle. Elle insiste également sur la souffrance née du sentiment de mal faire son job quand les conditions et l’organisation du travail nous en empêchent : changement permanent, culture du chiffre et de l’urgence, intensification du travail, conflits éthiques, présentéisme persistant…

Le manque de reconnaissance au travail

“Pendant la pandémie, 40% des salariés ont souffert de conflits éthiques et de mal travailler, c’est cela le terreau du burn-out, insiste-t-elle. Vous pouvez travailler beaucoup, mais quand vous avez conscience que ce que vous faites est utile au monde, vous pouvez supporter de beaucoup travailler.” A quels symptômes faire particulièrement attention ? Elle en distingue trois : l’épuisement et la fatigue persistante même après des temps de repos, le fait d’aller travailler à reculons/sans envie, la prise d’antidépresseurs ou d’autres substances pour tenir le coup. “Quand vous en arrivez là, venez nous voir en consultations, prévient-elle. Les membres de notre réseau sont formés pour vous trouver des solutions, et il y en a !”

Quel métier rêvait-elle d’exercer enfant ? Qu’est-ce qu’une journée de travail réussie pour elle ? Sa plus grande fierté professionnelle ? Notre podcast est aussi l’occasion d’en apprendre plus sur Marie Pezé, référence en matière de psychologie du travail au parcours et à l’engagement très inspirants : “Ce que j’ai trouvé extraordinaire, mais qui a été très vite avalé, c’est que la pandémie a remis sur le devant de la scène les métiers qui tiennent le monde : nos éboueurs, les caissières de supermarché et bien évidemment nos soignants. La crise a aussi remis en lumière la vulnérabilité de l’être humain.”

Via le site www.myhappyjob.fr

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