Harcèlement. Oui, les victimes parlent, encore faut-il les écouter

2 juin 2016 par

Dans la lutte contre le harcèlement sexuel, lever l’omerta ne suffit pas. Le positionnement de l’écoutant se révèle aussi déterminant. Si la plupart des victimes dévoilent leur souffrance, beaucoup se trouvent confrontées à une attitude inadéquate. Le risque étant qu’elles se taisent, cette fois, pour longtemps.

«Libérer la parole des victimes », Marylin Baldeck, déléguée générale de l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) qui accompagne près de 150 victimes chaque année, ne supporte plus ce slogan repris en boucle depuis « l’affaire Baupin ». «Quand, avec des victimes, on fait le catalogue des personnes à qui elles en ont parlé, proches ou professionnels, avant de prendre contact avec nous, c’est hallucinant !» s’exclame-t-elle. Sans compter tous les signaux non verbaux qu’elles envoient. « Quand une affaire éclate, de nombreux changements de comportements prennent tout leur sens pour l’entourage des victimes : elle s’est progressivement isolée, a arrêté d’aller manger avec ses collègues ou de se rendre à la machine à café, elle a beaucoup grossi ou maigri, ses vêtements ont changé (moins colorés, « comme un sac »), elle a cessé de se maquiller, elle a essayé de se rendre transparente… »

« Tu es vraiment sûre ? »
Dans la majorité des cas malheureusement, la révélation n’est pas suivie d’effets, quand elle n’est pas carrément mise en doute. « C’est grave comme accusation, tu es vraiment sûre ? » est-il encore trop souvent répondu aux femmes qui parlent. Quand elles ne sont pas, elles, culpabilisées ! La tentation reste forte, dans la société, d’accuser un prétendu comportement de la victime. Face à ces propos pour le moins maladroits, le risque est grand que la personne se taise pour longtemps. Qu’on soit collègue ou syndicaliste, la première écoute est donc cruciale.

« À l’AFVT, nous remercions systématiquement la personne de nous avoir fait confiance », souligne Marylin Baldeck. « Il est important de ne pas minorer les actes en repartant des définitions légales : des propos salaces répétés, c’est du harcèlement sexuel, une main aux fesses, une agression sexuelle, et une fellation forcée, un viol », rappelle Sophie Binet, secrétaire adjointe de l’Ugict-CGT, membre de la commission « femmes-mixité » de la CGT. Elle a participé à la rédaction d’un guide édité par la CGT, « Lutter contre les violences sexistes et sexuelles au travail ». « C’est aussi fondamental de redire que de tels actes sont absolument interdits et d’en réattribuer la responsabilité à l’agresseur », poursuit-elle. Mais pas question de s’improviser enquêteur. « Ce sera à la justice, en cas de plainte, ou à la direction de faire une enquête. » Cela n’empêche toutefois pas, bien au contraire, de poser des questions sur ce qui s’est passé précisément. « Encore trop de gens n’osent pas le faire car ils considèrent que ces faits sont du domaine privé, cela révèle la confusion qui règne encore dans les esprits : il s’agit de violences, de domination et pas de relations amoureuses ! » insiste Marylin Baldeck. Après les révélations, il est utile de prendre une feuille et de noter sur celle-ci la date et l’heure de la parole et de retranscrire avec le plus de fidélité possible les propos qui ont été tenus et de le signer. Ce document pourra être d’une grande utilité à la victime dans une procédure ultérieure.

S’il est primordial de bien accueillir cette information, il faut être vigilant quant à la suite de l’accompagnement. « Les conséquences psychologiques pour des femmes qui ont subi des violences peuvent être très lourdes. Attention donc à ne pas jouer les apprentis sorciers », alerte Sophie Binet. Pas question donc de s’improviser psychologue, mieux vaut orienter vers une association spécialisée (www.avft.org). « Non seulement nous accompagnons les victimes, mais nous pouvons aussi conseiller les équipes syndicales », insiste Marylin Baldedck.

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Harcèlement Sexuel, Le harcèlement sexuel

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