L'amiante pourrait faire jusqu'à 100 000 morts d'ici à 2050

Crimes Industriels

Le scandale sanitaire lié à l’amiante est loin d’être terminé. Ce matériau isolant bon marché, largement utilisé en France dans l’industrie et la construction jusqu’à son interdiction complète, en 1997, pourrait provoquer d’ici à 2050 entre 68 000 et 100 000 morts en France, selon les estimations de l’Institut de veille sanitaire (INVS).

Dans un rapport rendant compte de son inquiétude, le Haut Conseil de la santé publique (HSCP) dit redouter entre 50 000 et 75 000 cas de cancer du poumon dus à l’amiante, et entre 18 000 et 25 000 cas de mésothéliome, un cancer de la plèvre qui, dans 80 % des cas, peut être attribué à l’exposition à l’amiante. L’INVS évoque également des cas de cancers du larynx ou des ovaires liés à l’exposition à la substance toxique, sans donner toutefois de prévisions chiffrées.
Selon les travaux menés par l’Institut, l’amiante a déjà fait entre 61 000 et 118 000 morts entre 1995 et 2009. Rien qu’en 2007, le nombre de cancers du poumon attribuables à l’amiante était estimé entre 1 500 et 2 400 selon les hypothèses retenues, alors qu’on comptait un peu plus de un millier de morts par mésothéliome.

DÉSACCORD SUR LES TAUX DE FIBRES

Saisi en 2010 par les autorités sanitaires pour se prononcer sur la définition d’un nouveau seuil de déclenchement des mesures de protection contre l’amiante, le Haut Conseil de la santé publique s’est en revanche montré très prudent dans son rapport.
Depuis 1996, tous les bâtiments font l’objet d’une réglementation selon laquelle dès que le niveau dépasse les 5 fibres par litre d’air, des travaux de désamiantage ou de confinement doivent être entrepris. Des experts réunis par le HSCP avaient dans un premier temps proposé d’abaisser le seuil de déclenchement des travaux à 2 fibres par litre dès 2015, puis à 1 fibre en 2020. Mais le HSCP a jugé « illusoire » dans son rapport d’abaisser ce seuil « tant que la réglementation actuelle (…) n’est pas correctement appliquée » en ce qui concerne notamment les repérages et les mesures.
De fait, le HSCP préconise de baisser le taux à deux fibres « en première instance » à partir du 1er janvier 2020 seulement.
L’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva) a réagi en demandant à la ministre de la santé « de ne tenir aucun compte de la position du HSCP et d’abaisser sans tarder le seuil du gestion du risque amiante dans les bâtiments (…) conformément aux recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) ». Cette dernière avait recommandé d’abaisser le seuil à 0,5 fibre par litre.
Via Le Monde
Lire également : Un cancer des ovaires lié à l’amiante bientôt reconnu comme maladie professionnelle

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