S’INFORMER en lisant et en écoutant – 2 : Vincent de GAULEJAC

Portraits, Stress Travail et Santé

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Sociologue, Vincent de Gaulejac est professeur émérite à l’université Paris-Diderot. Il a dirigé le Laboratoire de changement social de 1981 à 2014, est membre fondateur du RISC (Réseau international de sociologie clinique), il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages et est membre du réseau Souffrance & Travail.

Ses domaines de recherche

  • Clinique du travail et des organisations ;
  • les processus de construction du sujet dans les sociétés hypermodernes ;
  • violence sociale / violence psychique ;
  • clinique de l’historicité ;
  • fondements épistémologiques de l’intervention en sociologie clinique.

Quelques publications de Vincent de Gaulejac

Mettre sa vie en jeux. Le théâtre d’intervention socioclinique

Vincent de Gaulejac, Mettre sa vie en jeux. Le théâtre d'intervention socioclinique, 2021 (Avec René Badache)

La rencontre entre les pratiques théâtrales engagées dans le changement social et la sociologie clinique a donné naissance au théâtre d’intervention. Les auteurs en  présentent les fondements théoriques, les outils et les applications.

Le théâtre est la vie. Il met en scène nos existences dans un espace de représentation, entre fiction et réalité, entre vrai et faux semblants. Il ouvre un espace transitionnel permettant de jouer avec les souffrances, les amours, les pouvoirs, les aspirations, la vie et la mort. Le jeu est une création inventée par les hommes pour rendre vivables les affects, les sentiments, les relations aux autres, les conflits, là où ils nous font rire et là où ils nous mettent à mal. Entre l’Art, la science, la politique et la clinique, le théâtre d’intervention est une démarche de changement afin de comprendre la genèse des conflits individuels et collectifs vécus au sein de la famille, du travail, de  la vie sociale, pour  inventer un être ensemble plus convivial, créatif et harmonieux. Leurs initiateurs – René, le comédien formé par Augusto Boal au théâtre forum, et Vincent, le chercheur formé par Max Pagès à la psychosociologie clinique – en présentent les fondements théoriques, les outils et les applications.

Mettre sa vie en jeux. Le théâtre d’intervention socioclinique (Avec René Badache), éditions Érès, collection Sociologie clinique, 2021

Dénouer les nœuds sociopsychiques. Quand le passé agit en nous

Dénouer les nœuds sociopsychiques. Quand le passé agit en nous, de Vincent de Gaulejac

Les hommes croient avoir une histoire. Ils disent communément : « C’est mon histoire », comme s’ils en étaient les propriétaires. Ils pensent ainsi protéger ce qu’ils ont de plus précieux, leur identité, leur être profond et singulier. Or il serait plus juste de dire que l’homme est histoire. Ce n’est pas le sujet qui raconte son histoire, c’est l’histoire qui le raconte.

Ce livre explore les potentialités du récit de vie pour permettre au sujet de se réapproprier une histoire dont il se sent parfois plus la victime que l’acteur. Entre fiction et réalité, entre roman familial et histoire sociale, entre illusion biographique et enquête sur le passé, le récit de vie est un moyen de retravailler son existence. Il offre au sujet la possibilité de dénouer des nœuds sociopsychiques inconscients entre l’histoire personnelle, l’histoire familiale et l’histoire sociale. Ce faisant, le récit de vie lui permet de dépasser des traumatismes restés jusque-là impensés pour s’inventer une vie ouverte sur l’avenir.

Dénouer les nœuds sociopsychiques. Quand le passé agit en nous, Paris, Odile Jacob, 2020

Le capitalisme paradoxant. Un système qui rend fou

Le Capitalisme paradoxant, Un système qui rend fou, de Vincent de Gaulejac et Fabienne Hanique

« C’est paradoxal ! » : l’expression semble s’être banalisée. Elle exprime la surprise, l’étonnement, la colère parfois, devant des situations jugées incohérentes, contradictoires, incompréhensibles. Quelques formules glanées ici et là illustrent cette inflation du paradoxal : « Je suis libre de travailler 24 heures sur 24 », « Il faut faire plus avec moins », « Ici, il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions », « Je traite de plus en plus de travail en dehors de mon travail et inversement », « Plus on gagne du temps, moins on en a »…

L’ouvrage analyse la genèse et la construction de cet « ordre paradoxal ». Il explore les liens entre la financiarisation de l’économie, l’essor des nouvelles technologies et la domination d’une pensée positiviste et utilitariste. Il montre pourquoi les méthodes de management contemporain et les outils de gestion
associés confrontent les travailleurs à des injonctions paradoxales permanentes, jusqu’à perdre le sens de ce qu’ils font.

Enfin, cet ouvrage met au jour les diverses formes de résistance, mécanismes de dégagement ou réactions défensives mises en œuvre par les individus. Pour certains, le paradoxe rend fou. Pour d’autres, il est un aiguillon, une invitation au dépassement, à l’invention de réponses nouvelles, individuelles et collectives.

Le capitalisme paradoxant. Un système qui rend fou, Points, Seuil, 2018

La névrose de classe. Trajectoire sociale et conflits d’identité

La névrose de classe, de Vincent de Gaulejac

Dans nos sociétés modernes éclatées, où l’individu n’a plus de statut déterminé, le déplacement social à multiples visages – promotion et régression sociales, changement de métier et de lieu – influence de façon certaine la personnalité des gens, confrontés à des ruptures et à des conflits difficiles à assumer. Lorsque ces conflits font échos à des conflits plus personnels, ce » mal de vivre » deviendra une névrose, que l’auteur désigne comme » névrose de classe « . Démarche qui permet de clarifier les rôles respectifs des facteurs psycho-sexuels, des facteurs sociaux et familiaux. » Des » histoires de vie » explicitent le propos, ainsi que des références à des personnages littéraires : » La place » d’Annie Ernaux, le » Fils de la Servante » d’August Strindberg ou encore » Antoine Bloyé » de Paul Nizan. Pour la recherche en sciences humaines la » Névrose de classe » apporte un éclairage nouveau : une autre façon d’articuler les conflits psychologiques et sociologiques, dans une alliance ce riche en perspectives.

La névrose de classe. Trajectoire sociale et conflits d’identité, Payot, Collection Petite Bibliothèque Payot, 2016 (rééd.)

Travail, les raisons de la colère

Vincent de Gaulejac, Travail, les raisons de la colère

Source d’estime de soi, de liens et de reconnaissance sociale, le travail expose de plus en plus l’individu à l’angoisse de n’être plus « à la hauteur », au stress de la compétition, à la souffrance psychique qui pousse certains jusqu’au suicide. L’auteur décrypte l’interaction entre les causes psychiques, sociales et économiques de cette mutation. Au total, le système managérial au service de la performance financière est la cause première du mal-être au travail et non la fragilité des individus. Le nouveau management étend au secteur public les méfaits d’une gestion inhumaine longtemps rodée dans le privé. Les « raisons » de la colère des travailleurs ont ici un double sens : explication de ses causes et validation de la résistance. Car résister, exprimer la colère plutôt que la résignation, est la plus raisonnable des réactions pour éviter que les individus retournent contre eux-mêmes une violence nourrie par ce système.

Travail, les raisons de la colère, Paris, Seuil, Collection Points Économie, 2015 (rééd.)

La lutte des places

On n’existe plus ! Cette plainte est caractéristique de toutes les personnes qui ont le sentiment d’avoir perdu leur place dans la société. Ce phénomène de désinsertion sociale touche un nombre de personnes de plus en plus important. La lutte des places n’est pas principalement une lutte entre des personnes ou entre des classes sociales. C’est une lutte d’individus solitaires contre la société pour trouver ou retrouver une « place », c’est-à-dire un statut, une identité, une reconnaissance, une existence sociale. Cet ouvrage décrit, à partir de récits de vie, différents aspects de l’exclusion et diverses formes de désagrégation du lien social. Il montre comment des individus entrent dans l’engrenage de la désinsertion. Il analyse les réactions défensives et les mécanismes de dégagement mis en œuvre pour tenter de s’en sortir. Il analyse également pourquoi les réponses politiques et institutionnelles se sont avérées, jusqu’à présent, impuissantes pour enrayer ce phénomène.

Vincent de Gaulejac, Frédéric Blondel et Isabel Taboada-Leonetti, La lutte des places, Paris, Desclée de Brouwer, 2014

La société malade de la gestion. Idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social

Vincent de Gaulejac, La société malade de la gestion. Idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social

Sous une apparence pragmatique, la gestion constitue une idéologie qui légitime la guerre économique et l’obsession du rendement financier. Les  » gestionnaires  » installent en fait un nouveau pouvoir managérial. Il s’agit moins d’un pouvoir autoritaire et hiérarchique que d’une incitation à l’investissement illimité de soi dans le travail pour tenter de satisfaire ses penchants narcissiques et ses besoins de reconnaissance. Il s’agit d’instiller dans les esprits une représentation du monde et de la personne humaine, en sorte que la seule voie de réalisation de soi consiste à se jeter à corps perdu dans la  » lutte des places  » et la course à la productivité.

Or, pour comme pour mieux assurer son emprise, cette logique déborde hors du champ de l’entreprise et colonise toute la société. Aujourd’hui, tout se gère, les villes, les administrations, les institutions, mais également la famille, les relations amoureuses, la sexualité… Le Moi de chaque individu est devenu un capital qu’il doit faire fructifier. Mais cette culture de la haute performance et le climat de compétition généralisée mettent le monde sous pression. Le harcèlement se banalise, entraînant l’épuisement professionnel, le stress et la souffrance au travail. La société n’est plus qu’un marché, un champ de bataille insensé où le remède proposé aux méfaits de la guerre économique consiste toujours à durcir la lutte. Face à ces transformations, la politique, à son tour contaminée par le  » réalisme gestionnaire « , semble impuissante à dessiner les contours d’une société harmonieuse, soucieuse du bien commun. Peut-on néanmoins échapper à l’épidémie ? Peut-on repenser la gestion comme l’instrument d’organisation et de construction d’un monde commun où le lien importe plus que le bien ? C’est en tout cas la piste qu’ouvre ici le diagnostic du sociologue clinicien.

Vincent de Gaulejac, La société malade de la gestion. Idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social, Paris, Seuil, Collection Points Économie, 2014 (rééd.)

Manifeste pour sortir du mal être au travail

Vincent de Gaulejac, Antoine Mercier, Manifeste pour sortir du mal être au travail

Quelque chose de destructeur semble à l’œuvre dans le monde du travail. Le mal-être au travail est désormais une réalité qui touche tout le monde et partout, tant dans le secteur privé que dans le public. Suicides, dépression, burn out, harcèlement, pressions de tous ordres, on ne compte plus les signes d’un phénomène lourd et inquiétant. Doit-on s’y résigner comme si c’était une fatalité dans nos sociétés postindustrielles ? Non, répondent ensemble Vincent de Gaulejac et Antoine Mercier. Dans ce manifeste qui résonne comme un cri d’alarme, le sociologue clinicien et le journaliste invitent à réagir, à analyser les causes du malaise qui ne sont pas réductibles aux seules variables psychologiques. Ils proposent de mieux comprendre les sources du mal-être pour se donner les moyens d’en sortir au niveau individuel, collectif et politique. Comment changer un système chaotique et paradoxal qui engendre une crise permanente, banalise l’exigence du toujours plus et préconise la lutte des places comme moteur de la performance.

Vincent de Gaulejac, Antoine Mercier, Manifeste pour sortir du mal être au travail, Paris, Desclée de Brouwer, 2013.

La recherche malade du management

Vincent de Gaulejac, La recherche malade du management

La révolution managériale dans les institutions publiques, en lien avec la Révision générale des politiques publiques, modifie en profondeur le rapport au travail et l’activité des personnels. La culture du résultat, l’avancement au mérite, le management par projet, l’obsession évaluatrice, produisent des tensions entre la culture du service public et la culture d’entreprise. Quels sont les paradigmes qui sous-tendent cette nouvelle gestion publique ? Comment analyser les effets psychologiques, idéologiques et organisationnels de ces pratiques managériales ? Comment agir face à ce mal-être au travail ? L’auteur examine en quoi ces questions concernent aujourd’hui le monde de la recherche. Il s’interroge sur le glissement qui s’opère dans l’évaluation de la recherche quand l’excellence est définie et mesurée quantitativement. Au-delà de la communauté scientifique, directement concernée, l’auteur s’adresse aussi à un large public et l’appelle à une résistance citoyenne, raisonnée et argumentée.

Vincent de Gaulejac, La recherche malade du management, Paris, Quae, 2012

Liste complète sur le site de Vincent de Gaulejac : https://vincentdegaulejac.com/

Vincent de Gaulejac à la radio (sélection)

Directeurs d'école, enseignants, parents d'élèves, élus ou syndicalistes ont demandé à l'Education nationale "de prendre acte du geste désespéré de notre collègue".

Droit du travail

Education nationale : quand le travail pousse au suicide

27 septembre 2019

Une employée de la papeterie Arjowiggins dans la Sarthe en mars 2019, après l'annonce de la liquidation de l'entreprise et la fermeture du site de Besse-sur-Braye.

Dimanche, et après ?

Les « cellules psychologiques » peuvent-elles régler les problèmes sociaux ?

30 juin 2019, 44 min

Rue à Hong Kong

La Grande Table idées

Gagner en vitesse, est-ce perdre du temps ?

21 janvier 2019, 35 min

L'individu, à la croisée des branches de l'histoire généalogique

Entendez-vous l’éco ?

Sorties de classe

26 décembre 2018, 59 min

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Le management dans les sciences

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Du Grain à moudre

Le management peut–il réenchanter le monde du travail ?

25 avril 2011, 39 min

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Macadam philo

Retour sur le libre arbitre

17 avril 2009

France Culture

La Suite dans les idées

La crise française du travail

13 mars 2007

Vidéos, articles, liste complète des ouvrages, CV sont intégralement consultables sur le site de Vincent de Gaulejac

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Quelques interventions et articles de Vincent de Gaulejac consultables sur le site Souffrance & Travail

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