Le burnout serait « enfin » reconnu comme « une maladie » par l’OMS ? Réflexions techniques

Burn Out

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Le burnout serait « enfin » reconnu comme « une maladie » par l’OMS ! Est-ce que ça va changer la donne en matière de reconnaissance en maladie professionnelle ?


QUENTIN DURAND-MOREAU est Professeur Adjoint de médecine du travail dans la division de médecine préventive de l’Université de l’Alberta (Edmonton, Canada). Il est co-chair du comité scientifique WOPS (Work Organizational and Psychosocial factors) au sein de la Commission Internationale de la Santé au Travail. Il a participé au groupe de travail de la Haute Autorité de Santé sur l’élaboration de la fiche mémo dédiée à la prise en charge du burnout. Il est également membre du comité de rédaction de la revue Santé et Travail (http://www.sante-et-travail.fr).
Quentin Durand-Moreau a un compte twitter (@qdurandmoreau) sur lequel il a partagé ses réflexions quant au classement du burnout dans la Classification Internationale des Maladies de l’Organisation Mondiale de la Santé, que nous partageons ici.


Le terme de « burnout » existait déjà dans la précédente classification datant de 2008 (CIM 10) qui vient d’être mise à jour (CIM 11). C’était le code Z73.0. Certes, le code correspondait à « épuisement » et ne correspondait pas strictement aux critères professionnels. Mais jusqu’alors, il a été utilisé par les experts pour coder le burnout (par exemple dans le RNV3P) https://www.anses.fr/fr/content/réseau-national-de-vigilance-et-de-prévention-des-pathologies-professionnelles-rnv3p …
La nouveauté est qu’on spécifie le caractère professionnel du burnout (donc, exit le « burnout parental » par exemple) dans la CIM 11.
Toujours est-il que le burnout ne passe toujours pas dans la catégorie des « maladies » mais aux « problèmes associés à l’emploi ou au chômage. Cela fait une vraie différence car un ensemble de symptômes ne constitue pas nécessairement une maladie. ?https://icd.who.int/browse11/l-m/en#/http://id.who.int/icd/entity/129180281 …
La définition CIM 11 reprend grosso-modo les critères traditionnels de Maslach : 1) épuisement émotionnel, 2) cynisme et déshumanisation, 3) baisse de l’efficacité professionnelle. Et en passant, le questionnaire MBI n’est pas gratuit d’utilisation ?http://www.inrs.fr/media.html?refINRS=FRPS%2026 …
Or, depuis quelques années maintenant, la littérature montre que le concept de burnout à la Maslach est dépassé et ne tient pas d’un point de vue psychométrique. En comparant les tests pour diagnostiquer le burnout, ça recoupe avec la dépression ?https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29958322/?i=4&from=bianchi%20renzo%20overlap …
Pour être encore plus clair, un grand nombre de gens classés burnout sont en fait déprimés Et là : pas de débat, la dépression EST une maladie reconnue… et donne lieu à une prise en charge plus standardisée par les soignants.
Toujours sur le sujet, un récent article paru dans le JAMA d’une équipe de Harvard. Ils avaient tenté un truc tout simple : essayer de faire une revue systématique sur la prévalence du burnout chez les médecins. ?https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30326495 
Ils ont trouvé 142 définitions différentes du burnout (non, mon doigt n’a pas ripé), que la prévalence variait entre 0% et 80,5% et que rien qu’avec l’échelle MBI, on en avait 47 interprétations différentes. On peut donc s’interroger sur la pertinence de ce concept.
Le problème est qu’AVANT le burnout, des français s’étaient intéressés à la souffrance au travail, comme Claude Veil ou Louis Le Guillant, dès les années 1950.

Marc Loriol évoque les descriptions du « burnout » des moines par Evagre le Pontique en l’an 300. Je vous renvoie à la lecture de sa thèse, intitulée le Temps de la Fatigue et publiée en 1999 ?http://www.revue-interrogations.org/Marc-Loriol-Le-temps-de-la-fatigue …
Ferenczi décrivait dès 1919 la Sonntagsneurosen, l’ancêtre du workaholism
Dans les années 20-30, Simone Weil expliquait avoir des idées suicidaires après sa première journée de travail à Renault ?http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-essais/La-Condition-ouvriere …
Du coup, concrètement : face à un patient qui parle de burnout, il faut l’écouter, évaluer le risque suicidaire et rechercher l’existence d’une dépression, d’un trouble anxieux, voire d’un état de stress post-traumatique. ?https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2769318/fr/reperage-et-prise-en-charge-cliniques-du-syndrome-d-epuisement-professionnel-ou-burnout …
Dépression, troubles anxieux ou certains états de stress post-traumatiques peuvent déjà être reconnus en maladie professionnelle ! C’est étudié au cas par cas par les CRRMP ; les CRRMP ont des guidelines pour reconnaître les maladies psy en maladie professionnelle. Elles sont là : ?http://www.inrs.fr/dms/inrs/CataloguePapier/DMT/TI-TM-26/tm26.pdf …
Donc à mon sens, franchement, sous le soleil, rien de nouveau

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