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Stress Travail et Santé, Suicide Au Travail

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Grattons encore un peu derrière cette entreprise de démolition subjective, alors nous trouverons le cabinet International AT KEARNEY qui a inspiré, diffusé, propagé, imposé dans certains lieux ces méthodes. Qu’attendons-nous pour le débusquer ?

Suicides à France Télécom: sept dirigeants pourraient être jugés – 8 JUILLET 2016 | PAR RACHIDA EL AZZOUZI

Le parquet de Paris a demandé le renvoi en correctionnelle de l’opérateur téléphonique ainsi que de sept dirigeants, dont l’ancien patron Didier Lombard, pour « harcèlement moral » ou « complicité de harcèlement moral », une nouvelle étape vers un procès.

C’était il y a près de dix ans, le 20 octobre 2006. À la Maison de la chimie, à Paris, 200 cadres dirigeants de France Télécom, invités par l’Acsed, l’association des cadres supérieurs de France Télécom, réputée proche de la direction, planchaient sur la « transformation sociale » de l’entreprise. À leurs côtés, des invités de marque : le PDG Didier Lombard, en poste depuis 2005, son numéro deux, Louis-Pierre Wenès, chargé des opérations en France et redoutable cost-killer, le directeur des ressources humaines, Olivier Barberot et le directeur financier, Gervais Pellissier.

Dans le plus grand des secrets et de manière informelle, ils théorisaient – avec les mots les plus cruels de la langue managériale, que la secrétaire de l’ACSED devra édulcorer dans son compte-rendu – le « crash programme » (que Mediapart a raconté ici) à mettre en œuvre pour restructurer le groupe au travers du plan NExT et de son volet social ACT, cette réorganisation en profondeur de l’entreprise sur deux ans, 2006-2008 (22 000 départs, pour l’essentiel des fonctionnaires embauchés à l’époque des PTT, impossibles à licencier, 14 000 mobilités et seulement 6 000 recrutements).

C’est lors de ce séminaire que Didier Lombard, obnubilé par le cash à produire pour les actionnaires et les effectifs à réduire, l’obsession depuis 2004 et le passage de l’État sous les 50 % dans le capital de France Télécom, lance un martial et glacial : « En 2007, je ferai les départs d’une façon ou d’une autre, par la fenêtre ou par la porte. » Il veut aller encore plus loin que son prédécesseur, Thierry Breton (parti au ministère de l’économie), qui a en partie désendetté le groupe et déjà supprimé plus de 20 000 emplois. Moins de trois ans plus tard, et alors que la réalité de la souffrance mortifère des salariés est déjà avérée, Didier Lombard stigmatisera ouvertement ceux des salariés de France Télécom qui « ne sont pas à Paris, qui pensent que la pêche aux moules c’est merveilleux… eh bien, c’est fini ». Façon peu élégante de pointer la persistance d’un certain esprit fonctionnaire au moment où le PDG exige : « Il faut s’adapter avec une rapidité encore plus grande. »

La suite, on la connaît. « Marche ou crève. » France Télécom, devenu Orange, connaîtra une vague de suicides, une tragédie sociale sans précédent, devenue symbole d’une souffrance au travail qui broie, détruit, tue les individus. André, Christine, Étienne, Camille, Claude, Anne-Sophie, Christel, Corinne, Andrée, Michel, Yonnel, Stéphane, Guy, Daniel, Luc, Hervé, Nicolas, Brice, Jean-Michel, Didier, Georges, Rémi, Annie, Stéphanie, Patrick, Catherine, Vincent… 57 salariés, hommes, femmes, jeunes ou moins jeunes, se sont donné la mort ou ont tenté de se la donner entre 2008 et 2010 (et, selon les syndicats, plus de 34 salariés en 2007), au travail ou à la maison, en se jetant sous un pont, un train, en s’immolant par le feu, en s’ouvrant les veines, en se tranchant la gorge, en avalant des boîtes de comprimés, en utilisant une carabine, une corde au cou… Après sept ans de bataille aux côtés des syndicats pour qu’une enquête débouche sur le procès d’une organisation du travail pathogène planifiée, les familles des victimes et les victimes qui ont survécu à ce management par la terreur d’une extrême violence fondent leur espoir sur une reconnaissance judiciaire. Une nouvelle étape a été franchie ce jeudi 7 juillet.

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