Surmenage, harcèlement, suicide… À l’hôpital, des internes à bout de forces

Stress Travail et Santé, Suicide Au Travail

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Depuis quelques jours, la fatigue des internes confrontés à une surcharge de travail liée au Covid reçoit une attention particulière. Mais le phénomène d’épuisement, et parfois de harcèlement, dont ils sont victimes et qui pousse certains jusqu’au suicide, existe depuis bien longtemps.

Il y a un suicide tous les 18 jours chez les internes, soit trois fois plus que dans la population générale, selon l’Intersyndicale nationale des internes (Isni) qui a organisé samedi 17 avril, devant le ministère de la Santé, un hommage silencieux aux disparus.

L’internat, troisième cycle des études de médecine, débute sept ans après le bac et dure de trois à six ans selon les spécialités. La France compte un peu plus de 30.000 internes travaillant au sein de ses hôpitaux. Ils représentent 40% du personnel médical des établissements publics de santé. Mais certains d’entre eux n’arrivent pas au bout de leur apprentissage. Depuis le début de l’année 2021, cinq internes se sont donné la mort.

Des journées interminables

En cause principalement, selon William Haynes, secrétaire général de l’Isni, « l’épuisement au travail » qui date de bien avant l’épidémie. Selon une enquête réalisée en 2017 à l’initiative de l’Isni, 23,7% des internes avaient eu des idées suicidaires, 28% avaient souffert de troubles dépressifs, 66% de troubles anxieux. À la permanence de l’Isni, « on reçoit au moins un interne avec des idées suicidaires par semaine« , constate le secrétaire général.

« En ce moment, je tourne à 70-80 heures par semaine », décrit William Haynes, lui-même interne en neurochirurgie au CHU de Montpellier. « Le pire que j’ai fait, c’était du 120 heures. » Et c’est sans compter le travail à domicile, nécessaire pour valider l’internat. Pourtant, légalement, le temps de travail hebdomadaire d’un interne est de 48 heures maximum. Selon l’Isni, plus de 70% des internes dépassent le maximum légal. C’est pourquoi le syndicat réclame un décompte des heures réalisées, via un système de pointage.

Beaucoup renoncent à poser des jours d’arrêt, parce qu’il y a « un gros sentiment de culpabilité vis-à-vis des autres internes du service, car les heures que vous ne faites pas sont redispatchées entre vos collègues », analyse William Haynes.

Une « anxiété permanente »

« La fatigue accumulée me rend ultra sensible et irritable au moindre événement », explique William Haynes. « Il m’arrive d’être désagréable, voire infect avec les gens. L’anxiété permanente fait qu’on se noie dans un verre d’eau au moindre accroc. Et _ça a des conséquences sur la qualité des soins_. »

Dans son service, il prend « des décisions de vie ou de mort en pleine nuit, en n’ayant pas dormi depuis 23 heures et avec 80 heures de travail dans la semaine » derrière lui. « C’est une lutte avec soi-même », décrit l’interne. « Cette nuit par exemple, j’ai reçu un transfert à 3h30 du matin et j’ai vraiment hésité avant de me décider à aller voir le patient, en me demandant si ça ne pouvait pas attendre le matin. »

D’autant plus que pendant cette épidémie, les internes apparaissent encore plus « indispensables » que d’habitude. Ils font des horaires à rallonge, payés « 8,5 euros bruts de l’heure, moins que le smic horaire », calcule William Haynes, à partir de sa propre fiche de paye. « On est des médecins quand ça les arrange, mais on redevient de simples étudiants quand il s’agit de nous payer », résume-t-il. William Haynes précise que « la revendication autour du salaire » n’est pas leur priorité, car « ce n’est pas pour ça que les internes se jettent par la fenêtre ».

Une vie personnelle entre parenthèses

Stéphane* est interne dans un hôpital parisien. Il entame son énième journée de travail, sans interruption, de 8h30 à 20 heures. Les très rares occasions dont il pourrait profiter pour avoir une interaction sociale, il n’a plus la force d’y participer, « harassé » par ses journées, auxquelles s’ajoutent les gardes de 24 heures, mais aussi « les vacances reportées voire annulées ».

« Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à me trancher les veines. »

Il se lève le matin avec « la pression de servir le patient » et rentre le soir « en espérant que ça ira mieux demain », mais « il n’y a pas un jour où je ne pense pas à me trancher les veines », confie-t-il. « Usé », il a bien tenté de prendre rendez-vous avec un psychologue, mais il n’en a tout simplement « pas le temps ».

« C’est l’usine »

Pas de temps non plus pour être accompagné dans son apprentissage. Malgré la bonne qualité des équipements dans son hôpital, l’interne a la sensation que « c’est l’usine : on est obligé de faire les soins à la va-vite, face à des familles qui souffrent« .

« Je suis étudiant en médecine, je suis là normalement pour apprendre aussi, mais il n’y a pas de temps pour l’apprentissage », déplore Stéphane. « Au-delà de la technique, il y a aussi l’apprentissage de la mort ». Lors de la première vague, la confrontation avec la mort a été brutale  et l’a plongé dans un certain « cynisme » : « On m’appelait 5 à 6 fois par nuit pour faire des certificats de décès. » 

Lire la suite, « Des internes poussés jusqu’au suicide« , sur le site www.franceinter.fr

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