Par Canino Rémy, psychologue au Centre National d’Observation de la Maison d’arrêt de Fresnes. Membre de l’équipe de recherche : « psychodynamique et psychopathologie du travail » (EA 3203). Centre de Recherche sur le Travail et le Développement, Paris, Conservatoire National des Arts et Métiers.
Résumé : La relation clinique avec des sujets condamnés à une longue peine confronte le praticien à des difficultés caractérisées par le refus du patient de s’engager dans un travail psychique d’élaboration. L’article examine comment l’incarcération renforce les processus défensifs de déni, antérieurement constitués, concourant à la répression des affects.
L’effacement de la subjectivité ainsi prolongé ou obtenu par des procédés spécifiques coupe le sujet d’une partie de soi à l’origine même de la pensée. En conséquence, le problème psychopathologique central n’est pas celui du diagnostic, mais se situe dans la recherche des conditions adéquates de l’avènement ou du redéploiement de la subjectivité. A cet effet, il est proposé que toute tentative thérapeutique visant le remaniement du clivage passe par la redynamisation de l’expérience sensible du corps grâce à un dispositif médiatisé d’activités créatrices.