La philosophe Hélène L'Heuillet nous livre la meilleure excuse qui soit pour justifier un retard

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Dans notre société contemporaine, le temps est compté. Le travail impose sa cadence ; la norme sociale, ses limites à ne pas dépasser pour construire sa vie ; les magasins, une pression pour acheter avant qu’il ne soit trop tard… Si bien qu’être à contretemps est devenu source d’angoisse. Mais si l’urgence paralyse, le retard est action.

L’échine courbée par la fuite en avant, l’homme pressé ne voit pas plus loin que son cadran. Ne manque plus, en bas de ses reins, qu’un pompon de poils blancs, pour s’apparenter alors au personnage célèbre du roman. « En retard, toujours en retard », mais après quoi court-il vraiment ? Essoufflé, le cœur serré, voit-il tous les beaux paysages qu’il met de côté ? Ces singulières luminosités qu’il ne daigne regarder.

Dans l’obscurité de la nuit, ces femmes et hommes sont des gisants aux yeux ébahis. Ils demeurent épuisés, n’arrivent pas à se relâcher. Le corps a ses maux, que la tête, bouillonnante, ignore.

Alors, on fait du sport pour évacuer la pression. On s’abrutit devant un écran, on se cachetonne pour approcher le néant. Et comme on lave une pièce à grand coup de seau d’eau, on croit chasser le stress en enchaînant les digeo.

Ce n’est pas seulement l’affaire des « bookés »

Reflets d’un monde où tout, jusqu’à nos désirs, est impulsif, ces nouvelles pathologies qui touchent l’homme contemporain ont poussé Hélène L’Heuillet, maître de conférences en philosophie et psychanalyste, à écrire. À s’interroger sur l’expérience de la disparition du temps, « qui n’est pas seulement celle des “bookés” et des “blindés”, dont l’agenda est devenu illisible ».

Qui n’a jamais prononcé « je n’ai pas le temps » pour refuser une invitation ? Car force est de constater qu’avec les tâches qui s’accumulent au travail, la sphère privée à entretenir et les injonctions diverses de notre société, il ne reste plus grand chose à la fin pour le temps subjectif, celui qui nous appartient.

Et croyez-le ou non : « Ceux qui s’ennuient ne sont pas mieux lotis », explique Hélène L’Heuillet. « Ils n’ont pas plus de temps, tous acharnés qu’ils sont à “tuer” ce qu’il en reste. » À combler ce vide par nature angoissant.

Quand on ne peut plus supporter les « temps morts », ces interstices temporels qui nous font palper le vide inhérent à la condition humaine, c’est alors qu’on meurt vraiment. (…) L’intolérance au vide est un grave symptôme de l’homme contemporain.

Hélène L’Heuillet (Extrait de L’Éloge du retard)

Une respiration dans nos vies

Face à cette vie virevoltante à l’origine de bien des troubles, une solution s’impose : se mettre « au tempo du retard ». Bavarder 5 minutes de plus avec une connaissance croisée sur le trottoir, accorder un baiser plus appuyé à son ami(e), rêvasser au creux du lit… Toutes les excuses sont bonnes pour faire « dérayer l’emploi du temps », selon Helène L’Heuillet.

À condition seulement, de ne pas flirter avec le « retard princier », celui qui se compte en heure et qui « réduit l’autre à la docilité ».

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