Essentiel mais souvent invisibilisé, le travail des agents du nettoyage les expose à de multiples risques professionnels : intensité physique du travail, horaires décalés, travail isolé, produits chimiques, agents biologiques.
Dans une expertise dédiée à ce secteur, l’Anses (1) démontre que la combinaison de ces risques impacte fortement la santé physique et mentale des travailleurs et surtout travailleuses. En effet, ces agents sont en majorité des femmes, par ailleurs souvent en situation de précarité économique et sociale. L’Agence propose des mesures spécifiques pour mieux protéger la santé au travail de ce secteur.
Plus d’accidents du travail et de maladies professionnelles que dans les autres secteurs
Une plus forte sinistralité est observée dans la filière du nettoyage : les accidents du travail et le taux de maladies professionnelles reconnues sont plus fréquents et d’une gravité plus importante que dans tous les autres secteurs. Les maladies professionnelles sont principalement des troubles musculosquelettiques, près de deux fois plus fréquents que chez l’ensemble des salariés en France. Les licenciements pour inaptitude sont également deux fois plus fréquents. Ces constats sont corroborés par différentes enquêtes nationales ou études qui documentent un mauvais état de santé général plus fréquent de ces travailleurs par rapport à d’autres secteurs.
Un secteur très féminisé marqué par la précarité
Pour mieux comprendre l’origine des problèmes de santé et pour identifier des leviers de prévention, l’Anses a analysé l’ensemble des déterminants professionnels, économiques et juridiques de l’activité de nettoyage, ainsi que les caractéristiques socio-démographiques des travailleurs, en s’appuyant sur des statistiques de référence et des travaux scientifiques. L’expertise s’est centrée sur les activités de nettoyage non spécialisées, c’est-à-dire d’entretien de bureaux et halls d’immeubles en incluant le nettoyage des sanitaires. Le cas du nettoyage au domicile des particuliers n’est pas inclus dans le périmètre.
Ces travailleurs sont des employés du secteur public et d’entreprises privées dont certaines sont prestataires de services de nettoyage. En 2020, la part des salariés externalisés représentaient 35 % dans le secteur public et 65 % dans le secteur privé.
Environ trois quarts des agents du nettoyage sont des femmes, âgées en moyenne de 45 ans, souvent immigrées ou d’origine étrangère. Souvent contraintes de travailler à temps partiel, elles sont sujettes à de faibles rémunérations mensuelles. Ces travailleuses ont fréquemment plusieurs employeurs et leur activité est souvent multisites.
Des risques multiples renforcés par des facteurs organisationnels et socio-économiques
Les agents du nettoyage sont exposés à de nombreux risques pour la santé liés à la nature même du travail effectué : efforts physiques, exposition aux produits chimiques et aux agents biologiques comme des bactéries et virus. A cela s’ajoute d’autres risques plus particulièrement liés à l’organisation du travail : horaires décalés, cadences de travail, travail isolé, activité invisibilisée, etc.
Cette combinaison de contraintes physiques, organisationnelles mais aussi socio-économiques accentue les effets délétères de cette activité professionnelle sur la santé.
L’externalisation croissante des activités de nettoyage conduit à la dégradation des conditions de travail. En effet, dans le secteur privé, la part des salariés externalisés a presque triplé en près de 40 ans, passant de 23 % en 1982 à 65 % en 2020, or cette tendance participe à la réduction du nombre d’heures dédié aux tâches de nettoyage, de 33 heures à 25 heures hebdomadaires. De ce fait, les agents du nettoyage sont soumis à la fois à une intensification des cadences de travail et à une réduction des revenus mensuels et peuvent être amenés à faire des compromis entre qualité du travail et efficacité.
Des leviers spécifiques pour mieux protéger la santé de ces travailleurs
En conclusion de son expertise, l’Anses recommande d’activer plusieurs leviers pour renforcer la prévention des risques des activités de nettoyage :
- en priorité, mettre en œuvre une campagne de prévention spécifique aux troubles musculosquelettiques (TMS), la principale cause de maladies professionnelles du secteur ;
- favoriser le travail en journée afin de limiter l’isolement au travail, l’invisibilisation des personnels et les horaires décalés ;
- faciliter l’accès des agents du nettoyage aux dispositifs de prévention en les adaptant à leurs spécificités.
En cas d’externalisation des activités de nettoyage, l’Agence recommande prioritairement :
- de rappeler l’obligation de vigilance des entreprises utilisatrices de services en matière de respect de la législation du travail ;
- de renforcer les responsabilités des entreprises utilisatrices de services, pour une meilleure implication et coopération avec les entreprises prestaires. A cet effet, l’Anses incite à engager une réflexion visant à appliquer les dispositions qui existent pour le travail temporaire, dans lequel l’entreprise utilisatrice est responsable des conditions d’exécution du travail ;
- d’envisager une évolution des modalités de calculs des taux de cotisations “accidents du travail/maladies professionnelles” afin d’en répartir le coût entre les prestataires et les entreprises utilisatrices.
Enfin, l’Agence encourage la production et la diffusion de connaissances spécifiques aux enjeux des activités professionnelles du nettoyage, pour sortir ces activités de l’invisibilisation dont elles font l’objet.
Via le site de l’ANSES : www.anses.fr
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1. Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail
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