[CINÉMA] BRILLANTES : des femmes du lien qui se battent pour leur emploi, le respect, la dignité

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BRILLANTES suit le parcours d’un petit groupe de femmes de ménage de nuit qui décident de résister aux demandes d’un nouveau patron qui durcit leurs conditions de travail.

Brillantes, le synopsis

Karine, femme de ménage, partage sa vie entre son travail de nuit avec ses collègues et Ziggy, son fils de 17 ans. Lorsque l’entreprise qui l’emploie est rachetée, tout bascule pour Karine. La pression sociale va la pousser dans ses retranchements et la mettre face à un dilemme : dévoiler un secret ou mentir pour se protéger.

[CINÉMA] BRILLANTES : des femmes du lien qui se battent pour leur emploi, le respect, la dignité

Trois questions à Sylvie GAUTIER, la réalisatrice

Qu’est-ce qui vous a incité à écrire sur ces sujets ?

Quand j’avais fait lire BRILLANTES, certains s’étaient étonnés que son héroïne soit illettrée. Ils pensaient qu’aujourd’hui, avec l’école obligatoire, ce problème de l’illettrisme était résolu, ce qui est inexact. Avant d’écrire mon scénario, je n’avais pas fait d’enquête sur le terrain, mais j’étais allée sur des sites dédiés aux personnes ayant du mal à régler des différends avec leur employeur dans les sociétés d’entretien. Et je m’étais aperçue que certaines de ces personnes qui consultent ces sites écrivaient phonétiquement. Karine aurait pu être l’une d’entre elles.

Cela dit, le sujet principal de mon film n’est pas l’illettrisme. Il retrace le parcours, souvent difficile, rocailleux, que doit suivre tout salarié pour parvenir un jour à posséder les armes pour changer son destin professionnel.

Vouliez-vous surtout dénoncer cette soumission du salarié face à son employeur ou plutôt inciter les gens à en sortir ?

Sans hésiter, la deuxième partie de la question ! (rire). Je souhaitais faire un film positif, ouvert, incitatif, qui ne soit ni désespérant, ni béatement optimiste. Je voulais dire, « oui, c’est difficile de reconquérir le droit à être soi-même, mais c’est possible, même si on est en bas de l’échelle sociale ». BRILLANTES aurait pu se terminer par une fin plus traditionnelle, avec une « solution ». Mais j’ai opté pour celle où Karine trouve le moyen de ne plus dépendre ni d’un homme, ni de son patron. Au fond BRILLANTES, c’est, pour moi, une manière de dire que la liberté vaut tous les sacrifices.

Si vous deviez catégoriser votre film, diriez-vous que c’est une chronique sociale ou un drame ?

Sans hésiter une chronique, car BRILLANTES ne se termine pas mal. Sa fin est ouverte : Karine, finit par se « décadenasser » de son handicap, l’illettrisme, et par trouver sa liberté intérieure. Et avec ses camarades de travail, par avoir le courage de dire « non » à leur patron. C’est très important de le souligner, parce que souvent les films qui traitent de sujets sociaux finissent mal. Moi je voulais évoquer les difficultés des femmes qui sont en bas de l’échelle sociale, mais je voulais aussi rappeler que la porte du bonheur n’est fermée à personne – pas même à celles (et ceux) qui ont des problèmes avec la lecture et l’écriture – et que l’entre-aide et la solidarité sont des clés pour l’ouvrir.

Commentaire de Marie PEZÉ

Responsable du réseau Souffrance et Travail, Docteure en Psychologie, ancien expert judiciaire

La société organise la répartition des métiers en fonction du sexe. Il y a des travaux d’hommes et des travaux de femmes.

Aux hommes, traditionnellement, les métiers du risque (bâtiment, route, découverte) conservant les valeurs viriles traditionnelles, le travail des matières nobles, les postes de responsabilité, de conception. Et au cœur même de la parcellisation du travail, les tâches variées, complexes, demandant des connaissances provenant de formations professionnelles permettant qualification et donc promotion.

Aux femmes, les métiers d’assistance, du « care » dit-on maintenant, la prise en charge de la saleté, de la maladie, de l’enfance, de la vieillesse, de la mort. Les femmes, dans la division sexuelle des métiers, sont donc assignées aux postes ayant un lien avec l’autre, souvent déqualifié, peu rémunéré puisque les compétences féminines que la femme possèderait par nature n’ont pas à s’acquérir dans des formations spécifiques. Mesdames, il va de soi que vous venez au monde, capables, quasi génétiquement, de cuisiner, de faire le ménage, le linge… comme vous faites les enfants !

Dans notre société, plus le travail est le résultat d’une qualification acquise dans des études ou des formations, plus il est payé et mieux il est rémunéré.

Bien sûr, la place des femmes dans le monde du travail s’est construite, entre épanouissement et contraintes.Des transformations notables ont été observées, en termes de croissance du travail féminin, ces trente dernières années, dans le monde entier. En France aujourd’hui, pratiquement 50 % des travailleurs sont des travailleuses. Si 80 % des femmes âgées de 25 à 49 ans sont actives, à niveau de formation égale, elles n’occupent toujours pas les mêmes postes de la division sociale du travail :

– Les femmes sont surreprésentées dans les professions incarnant les « vertus dites féminines » (administration, santé, social, services à la personne) : 97 % des aides à domicile et des secrétaires, 90 % des aides-soignants, 73 % des employés administratifs de la fonction publique ou encore 66 % des enseignants sont des femmes. Des métiers souvent peu rémunérés.

On les retrouve « logiquement » au bas de la hiérarchie des catégories socioprofessionnelles : les femmes représentent 77 % des employés, 51 % des professions intermédiaires (dans les secteurs de la santé, du travail social ou de l’éducation), contre 16 % des chefs d’entreprise et 40 % des cadres supérieurs.  

Les femmes restent cantonnées dans des postes d’exécution mal ou peu rémunérés. Et à poste et compétences équivalents, le salaire féminin reste inférieur de 20 % au salaire de l’homme.

Si plus personne ne conteste le droit au travail pour les femmes, leur place est tolérée à condition que la prise en charge des enfants et de la vie domestique qui leur incombe traditionnellement et socialement soit assurée et invisible. Bien pire, le chef d’entreprise se charge de rappeler à une femme qu’il embauche, qu’elle aura des enfants, des règles, une ménopause qui la rendront moins disponible qu’un homme sur le même poste.

Pour une femme, travailler ne change rien dans la répartition des responsabilités familiales. Ne pas avoir le temps de tout assumer entraîne souvent le sentiment de ne pas être à la hauteur, de tout faire « à peu près ».

Par manque de références pour penser ce qui relève de l’extérieur, du champ social, chaque être humain rapatrie souvent la causalité de sa souffrance en intrapsychique. Si ça ne va pas, nous y sommes pour quelque chose. Une femme en difficulté au travail convoquera toujours SA responsabilité personnelle. Choisies parce que femmes, immigrées, seules avec enfant, sans diplômes, on comprend que les héroïnes du film cumulent les leviers de soumission à leur situation, à la cheffe et à leur patron, à la fatalité de leur condition.

N’hésitez pas à organiser des projections suivies de débats.

Le film aborde de nombreux thèmes : l’illettrisme, le monde du travail, la précarité, la dignité et la pression au travail, la sororité, la charge mentale…

L’équipe Programmation se tient à votre disposition pour toute demande.

Perrine Chomard : pchomard@alba-films.com – 01 75 43 29 17

Marion Grumiaux : mgrumiaux@alba-films.com – 01 75 43 29 11

ALBA FILMS

128 rue La Boétie, 75008 Paris / Tél : 01 75 43 29 10 / contact@alba-films.com

www.alba-films.com

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Brillantes, un film sur le combat de femmes de ménage pour le respect de leur dignité

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