Soignants : Pourquoi les psys se préparent à l’écoute d’urgence.

Burn Out, Evènements

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Chaque soir, à 20 heures, des balcons s’échappent des hommages vivants à l’adresse des soignants. En coulisses, à Toulouse, Montpellier, Sète, et ailleurs, les psys montent des cellules d’écoute de crise pour les soutenir quand le besoin ne manquera pas de se faire ressentir.

C’est Sabine Cariou qui en parle le mieux. Et pour cause : avant d’être psychologue et de participer à la création de la Maison de la psychologie, à Toulouse, Sabine Cariou était, entre autres, pompier pendant 20 ans. Avec cette double casquette, « j’ai été habituée aux gestions de crise et j’en connais le processus », dit-elle. La Maison de la Psychologie a augmenté ses créneaux en téléconsultations. Notamment pour répondre à l’afflux de demandes de soutien psychologique des personnels soignants qui ne manqueront pas de se manifester.

« Nous avons déjà un partenariat avec le CHU de Toulouse depuis deux ans et demi et une vague de suicides dans cet établissement de santé qui nous a permis d’aider une centaine de soignants, notamment dans le domaine de la souffrance au travail », précise la psychologue clinicienne. La demande va davantage se structurer, pandémie oblige. « Le CHU a en interne deux psychologues du travail affectées plus spécialement à la souffrance au travail. Elles sont en télétravail. » Leur mission est de soutenir les personnels soignants qui en éprouvent le besoin par des consultations au téléphone. Ce sera la même chose à la Maison de la psychologie  avec des téléconsultations ou des visioconsultations. « C’est pour cela que nous-mêmes nous renforçons notre dispositif d’écoute. » Contacté, la DRH du CHU de Toulouse n’était pas joignable.

Les personnels soignants prennent sur soi ; ils ne peuvent pas dire qu’ils souffrent ; ils n’ont pas le droit de se plaindre… »

Immergés dans « l’action », les personnels de santé agissent « sans se plaindre », nuit et jour. Adrénaline aidant, ils accomplissent leurs missions avec passion et sans compter fatigue et heures supplémentaires. En mettant de « côté leur souffrance psychique ». Eux-mêmes auront de la famille touchée par ce coronavirus. Mais pour l’instant « ils prennent sur soi ; ils ne peuvent pas dire qu’ils souffrent ; ils n’ont pas le droit de se plaindre ; parfois, ils outrepassent le risque. Ils ne veulent pas dans l’instant reconnaître leur souffrance qui apparaîtrait comme une faiblesse. Ils sont confrontés à l’image du « parfait soignant ». C’est après la crise sanitaire que la décompression fait son oeuvre… Et perceront les inévitables traumatismes. « Surtout ceux qui auront, malheureusement, à trier qui ils doivent ou non sauver. Un soignant ce n’est pas fait pour faire ces choix-là… »

Un médecin, une infirmière, une aide-soignante vit, mange et dort avec cette maladie en tête. Parfois séparés de leur famille, confinés à l’hôpital pour d’autres, ils vont avoir besoin de soutien rapidement… »
Une psy

Une autre psychologue, Stéphany Orain Pelissolo est à l’origine d’un projet national de création d’une plate-forme d’écoute, « un peu sous la forme d’un « Samu Psy ». « Nous sommes en train de le construire, dit-elle, avec des spécialistes et de développeurs web et dès que celui-ci sera concrétisé, nous lancerons un appel national pour recruter des volontaires médecins et des psychologues reconnus par l’ARS. » Cette plate-forme proposera des consultations gratuites à distance aux personnels soignants. Certains redoutent les effets traumatiques et le burn-out : « Un médecin, une infirmière, une aide-soignante vit, mange et dort avec cette maladie en tête. Parfois séparés de leur famille, confinés à l’hôpital pour d’autres, ils vont avoir besoin de soutien rapidement… », résume une psy.  Stéphany Orain Pelissolo souhaite aussi étendre ces consultations à distance bénévoles aux proches des malades atteints par le coronavirus.

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