Sexisme en entreprise : ces « justifications » qui sont extraites de jugements condamnant des situations réelles…

Harcèlement Sexuel

C’est à partir d’un travail de recension de près de 100 jugements et arrêts des juridictions judiciaires et administratives ces dernières années, ainsi que de décisions rendues par le Défenseur des droits, relatives au sexisme dans le monde du travail, qu’on peut mettre en évidence cette « jurisprudence de l’inacceptable en entreprise ». À VOMIR !

« Je n’ai fait que raconter des histoires osées à caractère sexuel…
« C’était pour rire…
« l’humour grivois, c’est la culture gauloise…
« mes blagues déplacées sont ma technique de management…
« je ne pensais pas que cela aurait pu la heurter…
« je ne la visais pas elle en particulier, c’était pour tous les collègues…
« la salariée a cassé l’ambiance par son absence de sens de l’humour…
« …

Tous les termes en italiques sont extraits des décisions analysées…

Des excuses méprisables, ordurières…

Celles et ceux qui en ont été victimes, même collatérales, ont sûrement déjà entendu ce type d’excuses. Des excuses qui cachent le mépris, la volonté d’inférioriser sur la base du sexe ou de l’orientation sexuelle (je vous en remets un peu : « les gays, c’est tous des gonzesses », « pour monter en échelon, madame, il faut passer sous le responsable »), l’invisibilisation de la personne et des compétences (« dans les meetings, il remerciait les hommes pas les filles, elles systématiquement passaient à la trappe. Il oubliait les prénoms des collaboratrices, pas des collaborateurs »), tout un ensemble de techniques de domination que ceux que cela arrange cherchent à faire perdurer, la professionnelle étant réduite à une décoration sexuelle qui permet de mettre en valeur le « mâle » et sa puissante virilité, une chose (un « vide-couilles », un « sac à foutre ») dont on peut se servir à son aise et dont on ne comprend pas qu’elle ne serait pas consentante ou « fière » d’être ainsi remarquée.

Toutes ces « justifications » sont extraites de jugements condamnant des situations réelles. C’est à partir d’un travail de recension de près de 100 jugements et arrêts des juridictions judiciaires et administratives ces dernières années, ainsi que de décisions rendues par le Défenseur des droits, relatives au sexisme dans le monde du travail, qu’on peut mettre en évidence cette « jurisprudence de l’inacceptable en entreprise ».

C’est en effet ce que nous rappellent ces autorités juridictionnelles, qui retiennent explicitement les comportements sexistes dans le cadre de la relation de travail comme un élément d’aggravation de l’infraction principale (harcèlement sexuel et moral, mais aussi les autres infractions sexuelles), ou qui valident, de ce fait, la faute grave du licenciement de leur auteur pour ces comportements et en exigent la réparation.

Et c’est avec une belle unité que ces décisions le mentionnent ! Quel que soit le niveau de juridiction, quel que soit l’emplacement géographique, ils rappellent que ces propos, ces comportements, ces agissements, sont toujours anormaux et inadmissibles, quand ils ne sont pas sollicités ou agréés par la personne qui en est la cible.

Le sexisme est une atteinte au droit des travailleuses et des travailleurs à être respectés et aux principes d’égalité, qui sont des principes fondamentaux de notre Société.

C’est le message porté par le tableau de synthèse ci-dessous qui les a mis en cohérence les uns avec les autres.

Alors, il y a sûrement des contre-exemples, et ces décisions tracent aussi, hélas, le fait que ces comportements sont généralisés dans tous les secteurs professionnels, manifestant en cela le reflet d’un fait sociétal et la banalisation des violences à l’égard des femmes. S’ils relèvent de ce qu’il est convenu d’appeler le « sexisme ordinaire », ils ne bénéficient d’aucune reconnaissance d’excuses, à plus forte raison quand celles-ci marquent juste le point de vue biaisé de leur auteur.

Les juges l’affirment : ce que certains individus trouvent humoristique peut être humiliant pour d’autres, le ton de la plaisanterie ne saurait laisser penser à son auteur qu’il pourrait être exonéré de toute sanction, alors qu’il révèle, « au mieux une méconnaissance du respect dû à autrui et à sa dignité, au pire une volonté d’utiliser un biais pour lui porter atteinte ».

On ne saurait mieux l’écrire : « il ne faisait par ailleurs aucun doute que les gestes ainsi décrits avaient porté atteinte à la dignité de la plaignante en raison de leur caractère dégradant et humiliant, en la réduisant parce qu’elle était une femme à cet archétype encore trop répandu d’objet du désir sexuel des hommes », « que les faits commis, trop souvent banalisés, étaient cependant d’une gravité certaine et allaient à l’encontre des objectifs que la société avait
fixés concernant la place des femmes et la modification des rapports homme-femme, notamment dans le cadre professionnel ; que de tels faits devaient par conséquent être sanctionnés de façon significative, à la mesure de l’enjeu que représentait pour le progrès social, l’évolution des consciences en la matière ».

Un « tableau à vomir »

On peut toujours questionner l’intérêt économique à laisser faire ces agissements en entreprises, que ce soit du point de vue du temps consacré de ce fait à ne pas travailler, ou encore de la démotivation des équipes et des personnes qui peut résulter de ces comportements ou de la baisse de productivité subséquente (notamment liée à l’absentéisme potentiel). Mais en vérité, leur mise en lumière, crûment et aussi brutalement que pour ceux qui
les ont vécus, rappelle qu’il ne s’agit pas uniquement d’interdire et de proscrire ces comportements, mais surtout de rappeler que le sexisme est une atteinte au droit des travailleuses et des travailleurs à être respectés et aux principes d’égalité, qui sont des principes fondamentaux de notre Société.

Voici donc, en libre partage, le fameux « tableau à vomir ».

Merci à toutes celles et à tous ceux qui ont eu le courage de refuser de subir, à toutes les avocates et avocats qui ont soutenu et porté leurs droits ; qu’il puisse servir à édifier, à argumenter et à servir de base juridique pour permettre de continuer à lutter contre ces comportements !

M. P., inspecteur du travail

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