A Lyon, le plus gros hôpital psychiatrique de France est sous tension

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Le directeur du Vinatier, le plus gros hôpital psychiatrique de France, fédère contre lui syndicalistes, infirmiers, cadres et médecins. L’engorgement des urgences et des accidents mortels en début d’année ont achevé de délier les langues. Enquête à Bron, dans cet établissement qui compte 3 000 agents et accueille 25.000 patients par an.

En 1868, trente ans après la première loi qui légifère sur le traitement des « aliénés », un médecin réussit à convaincre le conseil général du Rhône de construire un asile, à Bron, à l’ouest de Lyon. Cent cinquante ans plus tard, cet asile, ouvert en 1876, rebaptisé au fil de l’histoire « centre hospitalier Le Vinatier », est devenu le premier hôpital public psychiatrique de France. Avec 3 000 agents, 25 000 patients en moyenne à l’année répartis sur une dizaine de pôles et depuis l’ouverture d’un asile-prison en 2010, il est passé devant le temple de la psychiatrie française : Sainte-Anne à Paris.
Ville dans la ville de Bron, Le Vinatier étend son parc de verdure, son potager, ses vignes et ses pavillons séculaires sur 76 hectares boulevard Philippe-Pinel. Pinel, le plus illustre des aliénistes français, qui, au lendemain de la Révolution française, bouleverse le regard sur les « fous », les « aliénés », en les libérant de leurs chaînes et en affirmant qu’ils peuvent être « compris » et « soignés ». Près de deux siècles plus tard, la méga-structure souffre comme tous les hôpitaux de France de la baisse des moyens alloués à la psychiatrie, et d’une réduction drastique du nombre de lits, loin d’être suffisamment compensée par un renforcement des services de jour.
Le début de l’année 2015 a été particulièrement noir. Un infirmier du Vinatier a été poignardé par un patient fin janvier (il n’a pas de séquelles physiques de l’agression). Deux patients se sont donné la mort peu de temps après, notamment à l’USIP (unité de soins intensifs psychiatriques) où une patiente a été retrouvée pendue dans la salle de bains de sa chambre. Huit jours plus tard, un infirmier de ce service s’est suicidé (à son domicile). En juin, l’agression sexuelle d’une jeune femme aux urgences par un autre patient a achevé de plomber le personnel, un certain nombre d’agents faisant désormais le lien entre les conditions de travail, le soin et les incidents.
La jeune femme agressée était tout juste majeure, et elle a été violentée sous la douche par un patient présent depuis plus de dix jours aux urgences. « Cette affaire a précipité mon départ du service, explique Nathalie Giloux, médecin-chef des urgences du Vinatier en partance pour un service de jour à Villeurbanne. Il y a toujours eu de la violence en psychiatrie. Nous faisons des efforts très importants pour la contenir, et la plupart du temps, nous y arrivons. Mais quand on est dans un climat de saturation, on est en permanence sur la ligne rouge. Ici, on ne traite plus, on fait taire. On ne soigne plus, on endort. Et les soignants ne sont plus heureux dans leurs missions professionnelles. »

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