Arrêts maladie : « Les grandes entreprises reportent sur la communauté le coût des salariés et rentabilisent leur cotisation d’assurance privée »

Mise à jour le 30 août 2025 | Stress Travail et Santé

Les arrêts maladie peuvent être aussi une tactique pour se séparer à moindres frais de collaborateurs devenus indésirables, observe, dans une tribune au « Monde », l’économiste Pascal Perez.

Le coût des indemnités journalières pour arrêt maladie augmente de 6 % par an et culmine à 10,2 milliards d’euros en 2023. La moitié paie des arrêts de plus de six mois. Les troubles d’anxiété et de dépression des salariés constituent la première cause des arrêts de travail de longue durée. L’Assurance-maladie reconnaît, dans ses propositions pour 2026, ne pas comprendre cette évolution phénoménale.

Les analyses sur les arrêts maladie mettent en cause les salariés, qui abusent, et la complicité des médecins. Quatre des cinq propositions de l’Assurance-maladie visent les uns et les autres. Une interrogation de la directrice déléguée de la Sécurité sociale, Marguerite Cazeneuve, sur les arrêts maladie, lors de son audition au Sénat, le 8 juillet, a retenu mon attention : « Il y a un troisième acteur, ce sont les entreprises. Prenez deux hypermarchés situés au même endroit : pourquoi l’un enregistre-t-il trois fois plus d’arrêts de travail que l’autre ? Il y a forcément une raison. »

On oublie trop souvent que 300 grandes entreprises comptant 4 millions de salariés ont une responsabilité à part concernant le nombre d’arrêts maladie pour raisons psychiques. L’arrêt maladie de longue durée d’un salarié pour trouble anxio-dépressif et dépression peut être considéré comme un acte de bonne gestion pour des entreprises, par ailleurs florissantes.

Le premier avantage pour les grandes entreprises harceleuses est de s’épargner d’investir dans des conditions durables de travail.Elles dévorent les salariés les plus motivés et éjectent les plus faibles. Le salarié trime dans des conditions qui mettent en danger son équilibre entre vie privée et vie professionnelle puis sa santé. Le harcèlement tend à être anonymisé avec les messages électroniques.

Le deuxième avantage est de se débarrasser à moindres frais des salariés. La moitié de leurs salaires est payée par la Sécurité sociale, et le complément (6,7 milliards d’euros en 2024) par les assurances privées. Les grandes entreprises harceleuses reportent sur la communauté le coût des salariés et rentabilisent leur cotisation d’assurance privée.

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