Certaines dimensions organisationnelles au travail sont fortement associées à l’idéation suicidaire. Par Angelo Soares, professeur titulaire, membre du Centre de recherche et d’intervention sur le suicide, enjeux éthiques et pratiques de fin de vie (CRISE) à l’UQAM. Publié le 2 février 2026
Lorsqu’un suicide survient dans un milieu de travail, la réaction est presque toujours la même : on tente de trouver une cause individuelle, comme une fragilité psychologique, un problème personnel, une histoire intime qui expliquerait l’inexplicable. Cette lecture s’avère rassurante. Elle permet de clore rapidement la discussion et d’éviter une question bien plus dérangeante : et si l’organisation du travail elle-même participait à la production de cette souffrance ?
L’importance de notre environnement
Le père de la psychanalyse, Sigmund Freud, résumait les conditions d’une vie saine par une formule devenue célèbre : aimer et travailler. Or, cet équilibre est de plus en plus difficile à maintenir dans des mondes du travail marqués par l’intensification, la précarisation et la perte de sens.
Le philosophe français Michel Foucault soulignait de son côté le fait qu’on ne peut comprendre la santé mentale en faisant abstraction des contextes sociaux et organisationnels dans lesquels les individus évoluent.
Pour sa part, Donald Winnicott, pédiatre et psychanalyste britannique, parlait d’un environnement « suffisamment bon » comme condition du développement psychique. Lorsque cet environnement fait défaut, lorsqu’il envahit ou écrase l’espace subjectif de l’individu, le fil de la vie peut se rompre.
Des transformations néfastes
Depuis 1975, les transformations des mondes du travail sont profondes et incessantes : introduction de nouvelles technologies, quantification à outrance, flexibilisation, individualisation du rendement, concurrence entre collègues, etc. On exige du personnel qu’il en fasse plus, mieux et plus vite, avec moins de ressources.
Cette intensification du temps de travail génère des effets néfastes sur la santé mentale. Nos recherches, effectuées au Québec, démontrent de manière récurrente que certaines dimensions organisationnelles sont fortement associées à l’idéation suicidaire : la surcharge de travail, l’érosion de la coopération des travailleurs dans les équipes, le manque de reconnaissance et l’incohérence entre les valeurs individuelles et organisationnelles.
Ces facteurs ne relèvent pas de la psychologie individuelle ; ils sont favorisés par des choix organisationnels et par des modèles de gestion. Dans ces contextes, les pensées suicidaires apparaissent non comme une pathologie individuelle, mais plutôt comme une réaction face à une souffrance devenue intolérable. Les idées suicidaires constituent alors un signal d’alarme majeur : elles doivent être prises au sérieux, et non pas banalisées ni minimisées.
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Lire la suite, « Une responsabilité réelle des employeurs« , sur le site Le Devoir



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