« Les nouveaux contremaîtres : Enquête sur la surveillance au travail à l’heure de l’intelligence artificielle » est un ouvrage paru aux éditions des Équateurs. Entretien avec son auteur Clément Pouré.
Des commerces aux plateformes de livraison, des usines aux bureaux, la surveillance technologique s’invite dans toutes les professions. Caméras algorithmiques, géolocalisation, analyse vocale, scan automatique des courriels, suivi du moindre clic : surveiller les employés n’a jamais été aussi facile.
Selon les chiffres de l’OCDE, en France, 80 % des sociétés utilisent des outils de management algorithmique, et 70 % des dispositifs de surveillance numérique. Popularisés pendant la pandémie, ces logiciels appelés « les bossware » se sont durablement installés dans les entreprises françaises affirme Clément Pouré.
« On a noté avec le télétravail un boom des achats de ces logiciels qui a donné lieu eu à un déploiement assez massif dans de nombreuses d’entreprises et il n’y a pas eu de retour en arrière. »
Le confinement a eu un effet cliquet, c’est à dire qu’une technologie s’installe durablement dans les usages.
« Pour donner quelques exemples, on est capable de retranscrire automatiquement les conversations des salariés, de les analyser pour donner une alerte. Si un salarié sur un centre d’appels emploie un mot qu’il n’est pas censé utilisé, on peut regarder à la seconde près quelle est l’activité d’un salarié sur son ordinateur et donc en faire à la fois des captures d’écran de ce qui s’y passe régulièrement, mais aussi avoir des statistiques et dire tel salarié a passé 3 % de son temps sur Instagram. Donc il n’est pas productif. »
La productivité est devenu le maître mot et l’argument majeur toujours évoqué pour justifier le déploiement d’outils IA dans les entreprises. Des outils qui doivent nous aider à être plus efficace au travail. Mais est ce pour autant que l’on travaille mieux s’interroge l’auteur. « Ce qu’on voit aujourd’hui avec la surveillance, avec l’IA, c’est une mise sous pression supplémentaire des salariés, et notamment en attaquant l’autonomie d’une partie des travailleurs et travailleuses qui, jusque aujourd’hui, avaient des capacités de décider de comment ils organisent leur travail et donc du pouvoir dans l’entreprise. »
Sous l’œil des caméras
La logistique, c’est l’exemple le plus poussé et peut être le plus connu aussi. Amazon, c’est le summum depuis dix quinze ans assure Clément Pouré nous décrivant les logiciels de Voice picking. » C’est un casque qu’on met sur la tête et qui va nous dire quoi prendre et où mettre l’objet. Cela mène d’une part à la perte d’expertise des salariés qui savaient organiser le travail « remarque t-il. » Cette expertise, c’est la machine qui le fait à leur place. » Ensuite, cela revient à intensifier le travail, » c’est à dire que les salariés se retrouvent tout seul avec leur casque, qui ont tendance à travailler beaucoup plus vite. En fait, c’est vraiment la machine qui va guider chaque fait et geste des salariés. » La question de la perte d’autonomie est pour Clément Pouré le gros sujet aujourd’hui de la surveillance et de l’intelligence artificielle.
Les caméras de vidéosurveillance algorithmique sont une innovation majeure de ces dernières années.
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Clément Pouré, Les Nouveaux Contremaîtres, Éd. des Équateurs, 11/2025







