Maude Beckers, avocate et membre du réseau Souffrance et Travail, explique ce qui s’est joué au procès Ubisoft qu’elle a gagné devant le tribunal correctionnel pour les salariés, et où harcèlement sexuel, agissements sexistes et harcèlement moral institutionnel étaient entremêlés.
Le jugement est un beau et bon jugement de condamnation du top management (de nouvelles plaintes sont en cours pour faire condamner le grand patron des RH de l’époque et la personne morale).
Extraits (à vomir) :
Tribunal correctionnel de Bobigny, 02.07.2025, n° Parquet 21221000289
Trois directeurs du top management :
1) Directeur éditorial à son assistante : envoi pour faire ses courses alimentaires, organiser l’enterrement de sa mère, aller chercher sa fille à l’école, lui faire ranger son bureau après ses excès de colère, « se mouchant puis, lui tendant le mouchoir, lui dire : tu peux le revendre, il vaudra de l’or dans l’entreprise » ; tenait en public quotidiennement des « propos crus de nature sexuelle, en effectuant de la même manière des gestes de nature sexuelle tels que le shocker, en posant à ses collaborateurs des questions intrusives de nature sexuelle, en demandant à son assistante ce qu’était l’ocytocine et en lui indiquant qu’elle n’était pas assez sexuellement libérée » ; « dans les meetings, il remerciait les hommes pas les filles, elles systématiquement passaient à la trappe. Il oubliait les prénoms des collaboratrices, pas des collaborateurs » ;
2) Vice-président : à une salariée, « tenait régulièrement et en public des propos sexistes, homophobes et racistes », tels que « morue », « ma jolie », « bombasse », lui demandant de participer à des « chats-bites », d’embrasser une collègue au motif supposé qu’elle serait lesbienne, en lançant « à son attention des films pornographiques et en mettant le son afin qu’elle entende », en déclarant à son propos « avec son pantalon noir en cuir elle va prendre son fouet, nous fouetter et on aime ça » et en tentant de l’embrasser de force ; utilisait d’ailleurs régulièrement un fouet dans l’open space « qu’il faisait claquer touts les jours, parfois très proche du visage des gens » ; qualifiait une autre de « le laideron » (« tu es moche, connasse, salope, merde ») ; et à une troisième déclarait « de toute façon tu n’es pas une vraie bitch », lui demandait « tu suces qui en ce moment ? » « demandait de faire le poirier en jupe dans l’open space, la ligotait à une chaise et l’envoyait par l’ascenseur à un autre étage, la barbouillait de feutre et lui interdisant de se laver le visage lors d’une réunion » ; commentait en public le physique des femmes, faisait « tomber des stylos en demandant à des femmes de le ramasser en précisant qu’il était nu sous son kilt » ;
3) Game director : « petite connasse », « tu es mieux physiquement, il y a un moment où tu te laissais aller » à une première salariée, menace de tuer une deuxième « dans une tuerie de masse au sein de l’entreprise » ; « une femme ne peut pas être aussi professionnelle qu’un homme », « si les femmes réussissent c’est en passant sous les bureaux », « je me la ferais bien je lui ferais bien le cul », à une autre salariée qui portait un manteau rouge, « c’est un appel au viol », « t’habille pas comme ça je vais mouiller mon pantalon » ; « il avait ce jeu de regard où on a l’impression d’être un bout de viande » et « dessinait des bites sur des post-it et les collait sur les écrans » ; contexte de propos et comportements racistes et homophobes (« mettre la tête d’une personne du service sur une photo prise dans un club gay et tourner en dérision le fait d’être homosexuel »)
Les condamnations des auteurs des faits
1) à une peine de prison de dix-huit mois avec sursis, à 45000 euros d’amende, et à une peine d’inéligibilité de trois ans, pour harcèlement moral et complicité de harcèlement sexuel ;
2) à une peine de prison de trois ans avec sursis et à 30000 euros d’amende, pour harcèlement moral, harcèlement sexuel et tentative d’agressions sexuelle ;
3) à une peine d’emprisonnement de douze mois avec sursis, 10000 euros d’amende (dont 5000 avec sursis) et à une peine d’inéligibilité de trois ans, pour harcèlement moral
Dommages et intérêts pour les victimes, cinq salarié(e)s (existence de lien de subordination)
1) 8000 euros pour le préjudice moral ;
2) 1000 euros pour le préjudice moral ;
3)4)5) estimation des DI renvoyés à février 2026 ; 3000 euros pour préjudice moral pour les organisations syndicales s’étant constituées parties civiles avec les victimes






