Dans les entreprises libérées, le temps n’est plus compté

Stress Travail et Santé

« La vie en boîte » est une histoire drôle et grinçante. La nôtre.

Voici comment l’essayiste Pierre Rabhi la narre : « Notre civilisation a la prétention de nous libérer alors qu’elle est la civilisation la plus carcérale de l’histoire de l’humanité. De la maternelle à l’université, nous sommes enfermés, ensuite tout le monde travaille dans des boîtes. Même pour s’amuser on va en boîte (…) avant la boîte définitive. »
Se pourrait-il donc que l’on puisse replacer l’homme et son bien-être au cœur de l’entreprise et mettre en boîte certaines idées reçues ? C’est ce que défendent Isaac Getz et Brian M. Carney, les auteurs de Liberté & Cie (paru en 2009 aux États-Unis, en 2012 en France) à l’origine du concept d’entreprise libérée qui, aujourd’hui, séduit de nombreuses structures désireuses de faire évoluer des pratiques organisationnelles souvent rigides vers des logiques d’autonomie et d’auto-organisation.
Des structures comme FAVI – qui fournit les industriels et constructeurs automobiles en pièces détachées –, la biscuiterie Poult, l’entreprise de dépannage de flexibles hydrauliques Chrono Flex, Michelin ou la Maif ont ainsi opté pour un management réduit, des horaires souples, un comité d’évaluation des salaires ou encore un incubateur de start-up maison…
Dans cette organisation, les collaborateurs sont considérés comme des adultes pleinement responsables (c’est celui qui « fait » qui « sait ») et les repères temporels évoluent. Pour Isaac Getz, professeur à l’ESCP Europe, conférencier et également auteur de La Liberté, ça marche (Flammarion, 2016), « l’entreprise libérée permet de s’affranchir de trois éléments essentiels : le temps de travail, le lieu de travail et le stress au travail. Les collaborateurs décident eux-mêmes de leur planning, ils peuvent opter pour plus de travail à distance – chez eux ou sur un site satellite – et la relation d’égal à égal qu’ils entretiennent avec leur leader leur offre une autonomie qu’ils n’avaient pas avant : la confiance exclut le contrôle ».

Répondre aux aspirations des êtres humains

Pour Laurent Ledoux, qui a utilisé cette approche à plusieurs reprises – comme dirigeant d’une « business unit » de BNP Paribas Fortis, et président du comité de direction du ministère des transports belge –, « ce type d’approche ne vise pas en premier lieu plus de productivité, de profit, de rapidité dans l’exécution, etc. L’objectif est atemporel : il s’agit de répondre aux aspirations profondes des êtres humains qui, elles, ne varient pas beaucoup dans le temps ».
La suppression de la pointeuse, véritable symbole d’un temps embrigadé, marque souvent l’un des premiers pas de l’entreprise libérée. « Au ministère, nous avons supprimé l’obligation de pointer. Résultat ? En quelques mois, 70 % du personnel est sorti du pointage, et chacun dans les équipes a organisé son temps tout en assurant la continuité des services », se souvient Laurent Ledoux.
Second symbole : la possibilité d’opter pour le télétravail partiel, qui s’accompagne bien souvent d’un aménagement différent des espaces. « En autorisant jusqu’à trois jours de télétravail par semaine, nous avons supprimé les bureaux pour mettre en place un “flex desk” [chaque jour, le collaborateur qui n’a plus de poste affecté change de place], y compris pour les dirigeants. Cela change les relations au travail, et ça m’a permis de sortir de ma tour d’ivoire », note encore cet entrepreneur qui accompagne maintenant les structures qui le souhaitent dans cette voie.
Il insiste toutefois sur le délicat équilibre à trouver entre réduction de l’espace de travail et nécessité de trouver une place pour les collaborateurs arrivant en cours de journée.

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