[DOSSIER À SUIVRE] Travailler mieux, un recueil de propositions

Stress Travail et Santé

Conditions de travail difficiles, perte de sens, manque de reconnaissance, accidents et maladies professionnelles, les maux du travail sont nombreux. Fondé sur les acquis des sciences du travail, le recueil de propositions « Travailler Mieux » vise à répertorier les mesures susceptibles d’améliorer la qualité du travail en France. UN DOSSIER RÉGULIÈREMENT ALIMENTÉ DEPUIS SEPTEMBRE 2024.

Présentation du dossier

Les Français sont parmi les Européens les plus attachés au travail, près de 70% d’entre eux affirmant que le travail est très important. Cependant, pour beaucoup, la vie au travail en France est difficile : le nombre d’accidents du travail y est largement supérieur aux moyennes européennes (3,32 accidents mortels pour 100 000 personnes en emplois en France en 2021, contre 2,66 en Italie, 1,54 en Pologne, 0,84 en Allemagne, 0,77 en Suède ou 0,33 aux Pays-Bas), les conditions de travail sont souvent moins bonnes qu’ailleurs en Europe ; de nombreuses personnes manquent de reconnaissance pour les tâches accomplies ; problèmes de santé au travail et perte de sens gagnent de nombreuses professions, y compris celles d’encadrement (perte de vocation des managers).

Pour un nombre important de personnes, comme le souligne Dominique Méda, le travail est devenu insoutenable, notamment du fait de son intensification. Cela est particulièrement vrai pour le travail en seconde ligne, comme le souligne Christine Erhel ou dans les métiers de la propreté, comme l’analysent François-Xavier Devetter et Julie Valentin.

Parmi d’autres, l’ouvrage Que sait-on du travail ?, qui s’appuie sur de nombreux travaux de recherche en sciences sociales, documente et explique ces situations difficiles. Il y est montré que les modalités d’organisation du travail sont déterminantes pour expliquer les difficultés rencontrées. Les salariées et salariés sont de plus en plus souvent soumis à un management par les chiffres, hiérarchique, vertical et distant, qui laisse peu de place à l’autonomie et à l’horizontalité, et tient insuffisamment compte de la réalité des conditions de production, ou des retours que les personnes concernées souhaiteraient pouvoir faire sur l’organisation du travail. La digitalisation a transformé le travail, mettant fréquemment les humains au service des machines, plutôt que l’inverse. Ainsi, les travailleurs de la logistique en entrepôt, de l’industrie automobile ou du service à domicile deviennent les simples bras d’un algorithme qui dicte les tâches à accomplir, avec comme principale finalité l’intensification et le contrôle de la productivité. Le télétravail a pu avoir des conséquences délétères du fait de la porosité accrue entre vie professionnelle et familiale, tout particulièrement pour les femmes.

(…)

Que faire pour améliorer la qualité du travail ?

De nombreuses questions concrètes se posent. Comment améliorer la reconnaissance de l’utilité collective de nombreuses professions ? Comment mieux rémunérer les professions dites « essentielles » ? Comment rendre compatible les temps du travail et de la vie personnelle ? Comment faire évoluer le management à la française, vertical et distant ? Comment organiser la prise de parole des salariés au sein des entreprises, des services, des unités ? Qui pour prendre la parole, dans quel contexte, avec quelle finalité ? Comment organiser la participation des salariés aux décisions qui les concernent (définition des tâches, de la production, de la stratégie des organisations) ?

Les travaux de recherche sur le travail peuvent contribuer à y répondre. Les travaux des psychologues, économistes, sociologues du travail, des sciences de gestion, des ergonomes, des juristes, politistes ou historiens travaillant sur ces questions (que nous appelons ici sciences du travail) permettent de documenter et comprendre les multiples mécanismes à l’origine des difficultés au travail, et peuvent donc proposer des moyens d’y remédier. Ces travaux ont permis d’identifier les expériences, les organisations, les modes de management, les situations, les mesures qui ont fait leur preuve en matière d’amélioration des conditions de travail, de santé, de sens, de bien-être au travail et qui, en parallèle, peuvent contribuer à plus de productivité et de performance soutenable pour les entreprises. Il est donc possible de fonder des propositions sur des analyses académiques, des recherches et des études qui ont prouvé que des objectifs d’amélioration ont été atteints (des expériences « qui marchent », des « bonnes pratiques »). C’est le principe de ce recueil de propositions : des mesures concrètes proposées par des chercheuses et chercheurs des sciences humaines et sociales du travail, fondées sur leur savoir et leurs observations, menées aussi bien en France qu’à l’étranger.

Un recueil de propositions

C’est pour rassembler ces savoirs que nous lançons ici ce recueil de propositions. Les sciences sociales ont montré les difficultés au travail, mais la situation n’est pas désespérée, des améliorations sont possibles, des solutions existent. Nous souhaitons fournir au débat public un vivier de propositions dont les différents acteurs politiques, économiques et sociaux pourront se saisir. Il ne s’agit pas de construire un programme d’action, mais de présenter les voies de réponse aux difficultés et aux grands défis du travail sur la base des études, savoirs, enquêtes, comparaisons déjà faites et validées scientifiquement.

Pour formuler ces propositions, nous adopterons un format très court, afin d’être compris et repris largement. Il s’agit dans un premier temps de montrer qu’il y a de nombreuses voies de progrès, qu’elles sont faisables et adoptables. Chaque proposition de mesure suivra le même format. Elle identifiera d’abord le problème à résoudre et l’objectif recherché par la mesure. Elle formulera ensuite la proposition dans une formule ramassée susceptible d’être identifiée facilement.

Les auteurs de la proposition exposeront ensuite « comment ça marche », en présentant les modalités de fonctionnement de la mesure. Seront ensuite précisés sur quels travaux de recherche la proposition est fondée afin de renvoyer aux approches, aux expériences ou aux exemples concrets qui démontrent le bon fonctionnement de la mesure proposée. Enfin, les auteurs suggèreront comment mettre en œuvre la mesure proposée, afin d’indiquer les conditions de faisabilité de la mesure proposée (négociation, loi, qui pour le faire, quelles instances, quel niveau de mise en œuvre, etc.).

Le dossier est régulièrement alimenté afin de nourrir la réflexion collective sur les conditions d’amélioration de la qualité du travail en France, à mesure que de nouvelles mesures seront proposées. Nous tâcherons d’organiser différents débats publics où ces propositions seront mises en discussion auprès des acteurs concernés (DRH, partenaires sociaux, dirigeants d’entreprises, acteurs politiques nationaux, régionaux et locaux, etc.)

Les articles du dossier :

Proposition 17 : Rendre égalitaires les congés maternité et paternité

Mettre en place un congé parentalité égalitaire pour les mères et les pères, c’est-à-dire obligatoire et de même durée pour chaque parent, permettrait que l’arrivée des enfants ne creuse plus les inégalités dans les parcours professionnels des mères et des pères.

Proposition 16 : Réglementer le CDD d’usage

Face à la multiplication des contrats courts, il apparaît nécessaire de revoir la notion de « contrats à durée déterminée d’usage » : ses conditions d’utilisation pour les entreprises et les contreparties offertes aux salariés doivent être mises à plat et discutées collectivement au niveau des branches.

Proposition 15 : Adapter les postes aux besoins et capacités des travailleurs handicapés

Pour garantir un véritable choix aux travailleurs handicapés, des aides durables pour adapter les postes à leurs besoins et capacités devraient être accessibles à tous les employeurs, et pas seulement aux établissements spécialisés.

Proposition 14 : Vers un travail soutenable

Il convient de dépasser la seule prévention des risques professionnels pour aller vers un travail soutenable qui permette à tous d’apprendre, de construire son parcours et de prendre en compte les besoins des personnes et des collectifs sans compromettre les besoins des générations futures.

Proposition 13 : Un salaire égal pour un travail de valeur égale

Les inégalités salariales entre femmes et hommes se réduisent très peu. Il est urgent d’appliquer le principe juridique d’un salaire égal pour un travail de valeur égale, en comparant les emplois à prédominance féminine et masculine, en entreprise ou lors des négociations des classifications professionnelles de branche.

Proposition 12 : Accroître la représentation des salariés au conseil d’administration

Renforcer la participation des salariés au conseil d’administration leur permettrait de davantage peser sur la définition des grandes orientations stratégiques de l’entreprise – à l’image des pratiques en vigueur dans près de la moitié des États membres de l’UE.

Proposition 11 : Donner aux salariés une capacité de contrôle sur leurs horaires de travail

Face aux effets négatifs des horaires de travail atypiques ou flexibles imposés, des solutions d’organisation à l’échelle des collectifs de travail permettraient un meilleur contrôle des salariés sur ces horaires, afin de limiter les absences et d’améliorer l’attractivité.

Proposition 10 : Rétablir et créer des mécanismes de négociation protecteurs pour les salariés

Les récentes réformes des règles de la négociation collective ont eu tendance à en faire un instrument d’ajustement de la relation salariale à la compétitivité des entreprises. Il convient au contraire de la repenser dans une logique de protection et d’acquisition de droits des salariés.

Proposition 9 : Créer un droit interprofessionnel d’organisateur syndical

La création d’un droit syndical interprofessionnel permettrait de renforcer la présence sur les territoires de délégués syndicaux, qui auraient pour vocation de prendre en charge le travail de soutien à la défense et à l’organisation collective des salariés dépourvus de syndicat sur leur lieu de travail.

Proposition 8 : Réduire les coûts annuels de l’absentéisme, des rotations et des accidents du travail

Comment amener les entreprises et les organismes publics à chiffrer dans leur bilan social les coûts annuels engendrés par l’absentéisme, les rotations du personnel et les accidents du travail et comment parvenir à les maîtriser ?

Proposition 7 : Mettre en place une Garantie de revenu pour les études

Face à la précarisation des étudiants, l’enseignement supérieur ne permettra aux jeunes d’accéder au marché du travail dans les meilleures conditions que si elle favorise leur autonomie avec une garantie de leurs revenus durant leurs études et en début de carrière.

Proposition 6 : Améliorer l’insertion professionnelle des apprentis

Pour garantir la qualité des emplois après l’apprentissage et mieux cibler les dépenses, il est nécessaire de responsabiliser et d’impliquer davantage les entreprises.

Proposition 5 : Créer un index de qualité de l’emploi

Face au déficit de qualité de nombreux emplois en France, il apparaît nécessaire de se doter d’un index synthétique, multidimensionnel, permettant de mesurer, comparer, suivre la qualité des emplois. Cet index sera publié sur un site dédié à vocation d’observatoire de la qualité de l’emploi.

Proposition 4 : Décourager le recours aux horaires atypiques

Pour lutter contre la désynchronisation croissante des rythmes de vie personnelle et familiale d’un côté et professionnelle de l’autre, il faudrait instaurer une majoration des horaires de travail décalés dans la journée ou le samedi.

Proposition 3 : Encadrer les temps partiels et fragmentés

Pour encadrer le recours au temps partiel et protéger les salariés dont le temps de travail occupe une place à la fois très large et peu rémunératrice, il faudrait fixer une durée minimale pour toute plage de travail et ajouter du temps rémunéré à toute prise de poste.

Proposition 2 : Instaurer un droit des salariés d’avoir leur « mot à dire » sur leur travail

Les équipes de travail doivent bénéficier d’une demi-journée par mois sur le temps de travail pour se réunir et discuter, entre collègues et avec le délégué au travail réel, de la façon dont elles pourraient mieux travailler.

Proposition 1 : Organiser l’élection directe de « délégués au travail réel »

L’élection de « délégués au travail réel » permettrait d’organiser la prise de parole des salariés sur leur travail, la remontée d’informations et de propositions d’amélioration sur son organisation au plus près du terrain.

Travailler mieux, un recueil de propositions

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