Qu’en est-il du travail réel des agent·es des services publics ?
Alors que le débat sur l’état des services publics en France s’accentue depuis le début des années 2000, celui-ci se concentre souvent sur la question des moyens. Cette discussion est en effet essentielle : la paupérisation des hôpitaux, des écoles ou de la justice face à des besoins croissants est largement documentée – y compris dans nos rapports annuels sur l’état des services publics.
Dans le même temps, reste pleinement ouverte la question de l’organisation du travail des agents, au quotidien. Qu’en est-il des collectifs de travail, des relations à la hiérarchie, du rapport aux ordres et aux consignes, du sentiment de partager des valeurs et des visions communes ? Bref, qu’en est-il du travail réel des agent·es des services publics ?
Ce sont ces interrogations qui ont conduit le collectif Nos services publics à mener, entre octobre 2025 et février 2026, une enquête inédite sur le travail des agent·es public‧ques, dans la diversité de leurs métiers et de leurs statuts. Issu de l’analyse des 20 000 réponses apportées à ce questionnaire et de trois ans de travaux, le présent rapport « Travailler dans le service public : enquête sur le vécu des agent·es public·ques » dévoile les premiers résultats de cette grande enquête.
Quatre principaux messages se dégagent du rapport
1. Des agent·es attaché·es à leurs missions de service public, mais empêché·es de bien faire leur travail
Si les agent·es des services publics sont conscient·es du caractère essentiel de leur métier, ils et elles se sentent fréquemment dans l’incapacité à mener à bien leurs missions. 41 % des répondant‧es de la fonction publique hospitalière (FPH) déclarent sacrifier souvent ou très fréquemment la qualité de leur travail. C’est le cas de près d’un tiers de leurs homologues de la fonction publique territoriale (FPT) et de la fonction publique d’État (FPE).
2. Des collectifs qui font tenir mais sont fragilisés
Les collectifs de travail constituent un déterminant clé du bien-être au travail. Trois éléments apparaissent particulièrement déterminants pour la qualité du collectif de travail : une bonne entente avec les collègues, le partage d’une vision commune du service public et l’absence de concurrence au sein de l’équipe. Ces collectifs sont toutefois mis à mal par l’insuffisance des effectifs, par des turnovers inadaptés, ou encore par des conditions d’accueil insatisfaisantes.
3. Des divergences de vécu entre encadrant·es ou non, une convergence de vision entre collègues
La qualité de la relation hiérarchique est un déterminant majeur du bien-être au travail, mais le vécu de celle-ci diffère selon la position des agent·es. La cohésion est plus forte entre collègues qu’avec la hiérarchie, tant sur la vision du service public que sur la possibilité d’exprimer des désaccords ou de solliciter de l’aide en cas de difficulté.
4. Un écart aux consignes qui apparaît comme un recours pour préserver le sens de son travail
La possibilité de s’écarter ponctuellement des consignes apparaît pour une partie des répondant·es comme une manière de préserver la qualité du travail et de rester fidèle aux exigences de leur métier. Le fait d’enfreindre des ordres hiérarchiques ne relève alors pas d’une indiscipline personnelle, mais apparaît comme l’expression d’une responsabilité professionnelle.
Ces résultats soulignent le fait que la réappropriation des modalités d’organisation du travail par les agents publics est un enjeu à la fois pour la qualité des services publics et pour le bien-être au travail de ses agent·es. L’enquête souligne que les questions sur les moyens des services publics et celles sur l’organisation du travail ne s’opposent pas mais se combinent. Stabiliser les équipes de travail, recruter des agent·es en nombre suffisant, mieux accompagner les prises de poste, donner aux encadrant·es les moyens de réunir leurs équipes ou encore favoriser l’expression des désaccords et leur prise en compte effective constituent autant de pistes possibles mises en évidence par l’enquête pour renforcer les collectifs de travail, restaurer la capacité des agent·es public·ques à accomplir leurs missions dans de bonnes conditions et leur donner les moyens de leur engagement pour le service public.
Quelques mots sur l’enquête
L’enquête qui fait l’objet de ce rapport se nomme « Hiérarchie et management dans les services publics ». Construite à partir de 18 focus groupes permettant de partir des questionnements des agent·es public·ques dans l’organisation quotidienne de leur travail, elle repose sur un questionnaire de plus d’une centaine de questions, diffusé en ligne entre octobre 2025 et février 2026. 20 503 réponses ont ainsi été recueillies, dans la fonction publique comme parmi des agent·es des services publics hors fonction publique. Si le panel ainsi récupéré n’est pas représentatif de la fonction publique, il a toutefois été redressé pour corriger ses principaux biais socio-démographiques. Le questionnaire intégrait plusieurs questions également posées au sein de l’enquête « Conditions de travail » de la Dares, de manière à pouvoir analyser d’éventuels biais par rapport à cette enquête construite avec un plan de sondage et bénéficiant donc d’un échantillon représentatif.
La synthèse et le rapport complet sont téléchargeables gratuitement sur le site https://nosservicespublics.fr



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