[LIVRE] Quand l’horreur est humaine.« Eléonore »

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Une manière originale de parler de la souffrance au travail dans tous les secteurs d’activité (publique – privé) : un roman policier !

Éléonore est psychologue du Travail à la Maison « Souffrance et Travail « . Elle est retrouvée inanimée dans son bureau. Une enquête de police vient de s’ouvrir. Qui a voulu en finir avec la psychologue ? Un patient ? un confrère ? une entreprise mécontente ?…

Extrait des trois premières pages :

C’est un rituel chez moi, tous les matins je m’accorde un moment de détente. À peine ai-je ouvert la porte de mon bureau que, d’un geste routinier, je branche ma chaîne hifi. Aujourd’hui, j’ai encore choisi Mozart, son Concerto pour piano n°23 que certains spécialistes qualifient de « musique enfantine ». Enfantine, non, je ne le crois pas. Lorsque je ferme les yeux et que j’écoute ce morceau, je suis aux côtés de la pianiste Hélène Grimaud. Je la vois, elle est habitée par la partition à la fois simple et complexe du compositeur. Elle appose délicatement ses doigts sur les touches bicolores depuis longtemps apprivoisées. De cette alchimie naît une musique merveilleuse qui me transporte. Lorsque tous les musiciens la rejoignent, c’est là précisément qu’apparaît le génie de Mozart. Il me fait dire que l’Homme n’est rien seul, qu’il a besoin des autres pour provoquer un feu d’artifice émotionnel.

Mozart m’inspire tout simplement pour la journée de travail qui m’attend. Je vais devoir recevoir en consultation une bonne dizaine de personnes en souffrance dans le cadre de leur travail et il me soutient tous les jours, à sa manière. Je n’ai pas son génie mais je donne ce que je peux à chacun de ceux qui souhaitent mon aide. Et ils m’en sont reconnaissants. Ils n’ont pas tous les moyens financiers d’assumer leur visite. Ce n’est pas grave. Certains m’offrent, comme pour acquitter leur dette, des objets qu’ils déposent sur mon bureau. D’autres m’offrent du thé. Ce matin j’ai décidé de goûter celui de Robert. C’est un homme étrange, je viens à peine de le rencontrer. Il parle peu, et m’observe beaucoup. Il m’a dit être bientôt à la retraite de la Fonction Publique. Son responsable l’humilie lors des réunions de service, discrédite son travail de recherche. Il me demande des conseils pour tenir sans faire de faute professionnelle. Il m’a offert un thé noir en provenance de Russie en guise de remerciements. Il n’a plus qu’un mois à faire avant de partir pour un « repos bien mérité » comme il dit.

Je viens à peine de me servir ma boisson exceptionnellement sucrée lorsque j’entends le téléphone du standard sonner. Quelle douceur, quelle légèreté, un matin frais comme je les aime. Il fait doux et bon vivre dans cet espace de consultation qui embaume le cèdre et que tous les patients qualifient d’intime et chaleureux.
Je prends place énergiquement dans mon fauteuil, je fais face à mon ordinateur, tout en dégustant mon doux breuvage. Brusquement, je suis prise de bouffées de chaleur, mes mains sont moites et tremblantes. Je sens mon chemisier blanc légèrement transparent absorber l’humidité naissante de mon corps. J’entends les battements irréguliers de mon coeur. Je ressens des difficultés respiratoires. J’ai la sensation que ma tête va exploser. Je n’ai pas la force d’appeler à l’aide, je pense qu’aucun son ne sortira de ma bouche.

Il m’a semblé entendre Fabienne, notre fidèle et dévouée hôtesse d’accueil qui est tout aussi matinale que moi. C’est elle d’ailleurs qui a dû répondre au premier appel téléphonique. Elle a une cinquantaine d’années et vit seule. Il y a environ trois ans, son mari a préféré partir avec une femme plus jeune. Au début, elle en a été meurtrie et puis le temps a fait son œuvre. Nous l’avons recueillie dans notre maison par le biais du Pôle Emploi. Il y avait bien longtemps qu’elle n’avait travaillé.
Aujourd’hui, elle nous est reconnaissante et donne sans compter aux autres. Je lui pose parfois des limites car je ne voudrais pas qu’elle fasse un burn out. Ce serait un comble dans notre « Maison de la souffrance au travail »

Dans les premiers temps, j’étais seule à faire vivre cette maison. Petit à petit, des collègues m’ont rejointe, ils sont devenus mes collaborateurs. Nous nous sommes constitués en équipe d’une dizaine de spécialistes de la psyché, avec des champs théoriques non seulement différents mais surtout complémentaires. Nous exerçons un métier passionnant mais aussi très énergivore et souvent éprouvant. Travailler ensemble, partager nos expériences nous permet de tenir parfois l’insupportable.
Plus rien. Je ne pense plus. C’est le noir total. J’ai dû perdre connaissance ? Je suis enveloppée d’une lumière douce et chaleureuse, quelque chose d’indescriptible. Que c’est agréable ! J’entends en fond sonore Mozart, je crois reconnaître son Concerto numéro 23. Encore lui ! Quelle douceur, un véritable moment de béatitude. Je me sens entre deux eaux, quelque chose me retient, ou quelqu’un, je ne sais pas. C’est une sensation étrange.

Puis, j’entends une voix effrayée qui m’appelle : « Eléonore, Eléonore, réveillez-vous ! ». Je ne comprends pas toute cette agitation, j’entends dehors le son strident de la sirène des pompiers, puis du Samu. Tout le monde court, s’agite. Fabienne a-t-elle donné l’alerte pour un patient qui aurait fait un malaise dans la salle d’attente ?

Ce roman policier permet de voir à la loupe ce qu’est une consultation « souffrance et travail ». La Maison « Souffrance et Travail 78 » est son propre éditeur. Ce roman ne peut être trouvable que sur le site de la MaST78

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