Burnout : comment le repérer et venir en aide à un confrère en souffrance ?

Stress Travail et Santé

L’épuisement professionnel est un mal désormais bien connu des médecins, mais il reste tabou et souvent difficile à identifier lorsqu’ils en sont victimes. Les praticiens peuvent cependant être des acteurs clés dans le repérage du burn-out de confrères. Comment le détecter et oser en parler à l’intéressé pour l’aider à être pris en charge ? Tel était l’objet d’un atelier interactif de la WONCA 2026, organisé le 3 juillet à Paris.

Environ 30 à 50 % des médecins présenteraient des symptômes significatifs de burn-out, selon de récentes études menées en France. 39 % des médecins déclarent avoir ressenti souvent de l’anxiété, du stress, une charge mentale excessive ou des préoccupations liées à leur travail au cours des six derniers mois et 27 % déclarent avoir eu un arrêt de travail pour un motif psychologique, selon une enquête en 2025 de l’Observatoire de la MNH consacrée à la santé des soignants. 

Aussi, 43 % des médecins franciliens ayant répondu à un auto-questionnaire se disaient en situation d’épuisement professionnel dans un baromètre de l’URPS médecins d’Île-de-France de janvier 2026.

Il est souvent difficile pour un médecin de reconnaître qu’il est en burn-out. Ce sont souvent les proches, les collègues de travail qui sont les mieux placés pour remarquer en premier des changements dans le comportement du professionnel et sont susceptibles de l’aider avant qu’il ne réalise lui-même l’ampleur de son épuisement.

Des indices pour repérer un soignant fragilisé

Plusieurs indices peuvent aider à repérer cette souffrance, ont relevé, le 3 juillet, à Paris, les participants à un atelier du dernier congrès de la WONCA Europe, organisation qui représente les médecins généralistes. 

Visiblement très sensibilisés à cette problématique, les participants de l’atelier ont cité pêle-mêle, parmi les signes distinctifs, une irritabilité inhabituelle, des troubles de l’attention, l’aboulie, un détachement émotionnel, une diminution de l’empathie, la colère, le cynisme ou un retrait de la vie sociale…

5 à 10 % des professionnels interrogés répondent aux trois dimensions et ont un réel épuisement professionnel

Dre Odile Bourgeois

« Si le burn-out vous gagne, trois faits surviennent, vous vous sentez chroniquement épuisé, vous devenez cynique et vous vous détachez de votre travail et vous sentez inefficace », analyse la Dre Odile Bourgeois, médecin généraliste dans une maison de santé de la banlieue toulousaine et intervenante de l’association MOTS (Médecins, organisation, travail, Santé), fondée en 2010 et qui vient en aide depuis 2018 à l’ensemble des professionnels de santé en difficultés psychologiques et/ou professionnelles.

Un outil de référence, le MBI

La connaissance de la problématique du burn-out des soignants a considérablement progressé depuis la fin du XXe siècle, avec notamment les travaux de Christina Maslach. La psychologue américaine a, la première, démontré, avec Susan Jackson, les interactions du milieu professionnel et des conditions de travail sur les personnes souffrant d’épuisement professionnel. 

Elle est l’inventrice au milieu des années 1990 du Maslach Burnout Inventory, devenu un outil de référence de mesure du syndrome d’épuisement professionnel. Cet outil permet, grâce aux réponses à 40 questions d’obtenir un score à trois items (l’épuisement émotionnel, la dépersonnalisation et la perte de l’accomplissement personnel dans le travail). 

« En France, à peu près 30 à 40 % des professionnels de santé vont être impactés sur une des trois dimensions, observe la Dre Bourgeois. Selon ces critères, 5 à 10 % des professionnels interrogés répondent aux trois dimensions et ont un réel épuisement professionnel. »

Des soins souvent tardifs chez les soignants

Si le burn-out est un syndrome désormais bien identifié, qui touche spécifiquement les soignants, il n’est toutefois toujours pas répertorié comme une maladie dans le DSM-5. Et tels les cordonniers les moins bien chaussés, les médecins ne sont pas les mieux placés pour prendre soin d’eux.

Il n’est jamais facile d’aller voir quelqu’un sur son territoire du soin, et les soins arrivent souvent quand le professionnel n’en peut vraiment plus.

Lire la suite sur le site https://francais.medscape.com/

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