Un dossier réalisé par l’équipe du site sante-et-travail.fr
Les effets du travail sur la santé ne sont pas neutres : ils sont même profondément genrés. C’est ce qu’a rappelé, le 8 mars dernier, à l’occasion de la journée des droits des femmes, la tribune publiée dans Santé & Travail et dans Le Monde. Signée par 95 personnalités – chercheurs, parlementaires, universitaires, syndicalistes – elle appelait à intégrer le genre dans les politiques de prévention des risques professionnels.
Sur le papier, l’exigence n’est pas nouvelle. Depuis 2014, la loi impose aux entreprises d’évaluer ces risques en tenant compte des effets différenciés du travail selon le genre. Dans les faits, cette obligation reste lettre morte. Faute de formation et de méthodes partagées, peu d’acteurs de la prévention savent observer le travail à travers « les lunettes du genre ».
C’est à ce point de bascule que s’ouvre ce dossier. Non pas sur le seul constat de contraintes physiques et psychiques différenciées, de risques invisibilisés et d’une prévention androcentrée, mais sur les premières tentatives pour transformer le travail en s’attaquant aux biais de genre. En suivant les premiers pas d’employeurs qui cherchent à interroger leur organisation sans réduire les femmes à leur identité biologique. En donnant la parole à une collectivité qui répond aux enjeux de santé menstruelle et reproductive de ses agentes par des aménagements de poste prescrits par le médecin du travail. En outillant, enfin, les élus du personnel, souvent en première ligne sur ces questions, mais pas toujours armés pour en éviter les pièges.
L’un d’eux, pointé par Karen Messing, est celui d’une quête d’égalité. Poussée à l’extrême, elle pourrait produire de nouvelles exclusions, au détriment des femmes, encore une fois. L’objectif, insiste l’universitaire québécoise, n’est pas l’égalité formelle, mais la recherche de l’équité. Une approche qui, en choisissant d’élargir le regard porté sur les pénibilités, les expositions cumulées ou les risques psychosociaux, renforce la prévention pour l’ensemble des travailleurs.
Sommaire
- 1/ Adapter le travail au « deuxième corps »
- 2/ Conditions de travail : des écarts genrés persistent
- 3/ Approche genrée : « Un gros travail de déconstruction »
- 4/ Cinq leviers pour agir sur la santé des femmes au travail
- 5/ Équipements de sécurité : faute d’accord au féminin
- 6/ Lunettes du genre, mode d’emploi à l’usage des CSE
- 7/ « Un tabou commence doucement à se lever »
Pour aller plus loin sur le thème du sexe et du sexisme au travail :
- Sexisme en entreprise : ces « justifications » qui sont extraites de jugements condamnant des situations réelles…
- Au tribunal, le sexisme fait encore recette
- [BROCHURES SEXISME AU TRAVAIL] Arrête de t’exciter, retourne plutôt bosser ! Le sexisme n’a pas sa place au travail !
- Rapport : La discrimination à l’embauche selon le sexe
- Quarante ans de recherche sur les femmes, le sexe et le genre : Pascale Molinier, Psychologie sociale


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