Travail : de plus en plus de salariés en souffrance psychique

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« Je craque, Docteur, je n’en peux plus », « je n’arrive plus à me lever pour aller travailler, je souffre trop »… Marielle Dumortier, médecin du travail depuis 35 ans, dresse le tableau d’un monde du travail dégradé avec de plus en plus de salariés malades du travail. Interview.

Médecin du travail, Marielle Dumortier est l’auteur d’un livre sur les transformations du travail, un univers qu’elle côtoie depuis 35 ans. Dans Le monde du travail est devenu fou !*, elle parle notamment de son évolution, trop rapide, qui fait des victimes parmi les salariés. Burn out, stress, harcèlement… beaucoup seraient aujourd’hui en souffrance psychique. Dans son livre, elle donne aussi la parole à des femmes et des hommes qui racontent leur vécu.

Travail : de plus en plus de salariés en souffrance psychique

Votre livre apporte des témoignages de personnes rencontrées tout au long de votre carrière. Qu’est-ce qui a changé au fil des années ?

Marielle Dumortier : Les problématiques rencontrées au début de ma carrière et celles de maintenant sont complètement différentes. J’ai pu observer une dégradation progressive du monde du travail, qui a commencé au début des années 90, avec l’informatisation et la financiarisation. Si la première a apporté un certain nombre d’avantages, elle a exercé en revanche un contrôle et une pression supplémentaires sur les employés. Quant à la seconde, elle a augmenté la demande de productivité : toujours en faire plus, mais avec moins de moyens, humains notamment, parce que l’homme reste une variable d’ajustement. On a tiré sur tous les coûts et maintenant c’est sur l’humain que porte la recherche d’économie.

Fréquemment, lorsque quelqu’un part à la retraite, il n’est pas remplacé. De manière générale, le travail s’est intensifié et complexifié. Chacun d’entre nous doit non seulement travailler davantage, mais aussi effectuer en plus les tâches du collègue, pour lesquelles il n’a souvent même pas été formé.

Au travail, la souffrance psychique a remplacé la souffrance physique.

Que vous disent aujourd’hui les salariés en souffrance, qu’ils ne disaient peut-être pas il y a 15 ou 20 ans ?

M.D. : Avant, quand on me parlait de difficultés dans le travail, c’était : « Docteur, c’est trop lourd », « il y a trop de bruit, trop de poussière ». Je n’entends plus du tout ça aujourd’hui. Maintenant, c’est : « Je suis épuisé », « on m’en demande trop », « je suis stressé », comme si la souffrance physique avait été complètement supplantée par la souffrance psychique, qui représente actuellement 80 % des plaintes. Il faut dire qu’il y a eu d’indéniables progrès sur le plan de la surcharge physique, des améliorations considérables, notamment pour les manutentions de charges.

Les hommes et les femmes connaissent-ils les mêmes difficultés ?

M.D. : Les femmes vivent généralement des situations plus difficiles. Elles sont plus nombreuses que les hommes à occuper des emplois précaires, connaissent plus fréquemment des situations de famille monoparentale ou avec beaucoup d’enfants à gérer et endossent encore 80 % des charges ménagères.

Elles sont majoritaires dans ce que l’on appelle les métiers du care, autrement dit les métiers du soin aux personnes âgées, aux malades, aux enfants… Elles sont aussi plus souvent au contact du public, ce qui n’est pas toujours facile. On n’a pas idée, par exemple, du nombre de caissières qui se font insulter.

Lire la suite de l’entretien sur le site www.harmonie-sante.fr

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