Le blues des pompiers

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Les pompiers professionnels sont 42.000. Et partout en France, ils manifestent régulièrement, depuis plusieurs semaines, pour dénoncer leurs conditions de travail.

Il y a 42.000 pompiers professionnels en France. Depuis plusieurs semaines, ils manifestent, débrayent même parfois, afin de dénoncer leurs conditions de travail, et les répercussions sur la qualité du service qu’ils rendent. Illustration en Seine-Maritime, un territoire parmi bien d’autres (Haute-Garonne, Haute-Vienne, Loire, Vaucluse, Hérault), où les pompiers sont à bout.

Les pompiers, tenus par le devoir de réserve, ont fixé le rendez-vous dans un appartement à l’abri des regards, et ont demandé que leurs voix soient modifiées, signe que la tension est palpable. Ils assurent avoir reçu des menaces de sanction. Une fois installés sur le canapé, leur colère et leur amertume se déversent. Ce pompier avait quitté une situation confortable dans le privé il y a 15 ans pour revêtir l’uniforme rouge; il a aujourd’hui des regrets.

Mon métier a énormément changé. La notion de service public n’est plus. On a l’impression d’être une unité administrative. On me parle de rentabilité, de quantification de travail, d’efficience. Ma vocation n’est pas là.

De moins en moins de temps pour remplir leur mission de service public

Les pompiers ont le sentiment que leur mission de service public est sacrifiée sur l’autel de la finance publique. L’État a moins d’argent, donc en donne moins aux collectivités, qui par ricochet diminuent l’enveloppe allouée aux Services Départementaux d’Incendies et de Secours (SDIS). Les effectifs restent stables dans leur globalité, mais il y a plus de sapeurs pompiers dans les bureaux et moins « en botte », sur le terrain. Dans le même temps, les sollicitations augmentent. Ce qui conduit parfois à des délais d’intervention rallongés. Des pompiers racontent s’être faits agressés lors d’un secours sur un accident de voiture parce qu’ils étaient arrivés un peu tard. Entre les incivilités, un travail à flux tendu, le sentiment de frustration, certains ont perdu la vocation. Ce pompier, écœuré, a entamé les démarches pour une reconversion.

Je suis fatigué moralement et physiquement. J’ai des blessures de plus en plus régulières. J’ai beaucoup plus de mal à récupérer. Aujourd’hui, je dois trouver une solution, alors j’espère ne pas me tromper en changeant de solution.

Pour résumer leur situation, les pompiers ont deux images, celle d’une cocotte-minute qui s’apprête à exploser; et celle d’une éponge gorgée d’eau, qui ne peut plus rien absorber, parce qu’à l’organisation du travail, s’ajoute la charge émotionnelle de missions qui ont changé au gré de l’évolution de la société.

La société est plus violente, et on le ressent. On ressent la misère des gens, leur détresse, leur chômage, tous leurs problèmes, parce qu’on est le premier maillon de la chaîne.

A un quotidien difficile, les pompiers déplorent par ailleurs l’absence de reconnaissance de la part de leur hiérarchie, plus, même, qu’une meilleure rémunération alors même que leurs carrières sont bloquées. Pour se faire une idée de ce besoin de considération, nous avons rencontré Dominique, qui travaille dans la banlieue de Rouen. Il a plus de 30 ans de métier. Le jour de l’assassinat du père Jacques Hamel le 26 juillet, il était à Saint-Etienne-du-Rouvray. Il a passé trois heures avec la sœur du prêtre pour l’épauler et la soutenir psychologiquement. Une mission éprouvante, d’autant que les pompiers ne sont pas formés pour cela. Mais ce qui l’a le plus marqué, c’est que les marques de reconnaissance ne sont allées qu’aux officiers gradés, dont certains n’étaient pas sur le terrain. La lettre de remerciement que lui a envoyé la sœur du père Hamel quelques semaines plus tard ne lui a même pas été transmise par la direction.

Un fossé entre la base et la direction

Ce fossé, entre la base et les officiers, gradés, issus d’école, est insupportable pour les pompiers. Ils ne viennent plus du terrain s’agacent-ils.

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