Une enquête LiveCareer menée auprès de 1 000 professionnels européens confirme l’ampleur du management toxique. Elle invite aussi, en creux, à regarder de l’autre côté du miroir.
On comprend le succès du Diable s’habille en Prada 2 et le caractère iconique du film dans la culture pop du 21e siècle. La figure du patron tyrannique est un archétype commode. Elle a le mérite de la clarté, le confort de la désignation d’un responsable unique. Une récente enquête de LiveCareer auprès de 1000 professionnels en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie et en Espagne confirme l’étendue du phénomène : 19 % des salariés ont déjà démissionné à cause d’un manager et plus de 60 % déclarent l’avoir envisagé sérieusement.
Pendant ce temps, selon le rapport Gallup 2024 sur l’état du travail dans le monde, 15 % des salariés sont en désengagement actif, c’est-à-dire qu’ils travaillent consciemment contre les intérêts de leur entreprise, par ressentiment. Ce chiffre ne figure dans aucun communiqué RH. Il mérite pourtant d’être mis en regard du premier.
53 % des employés français sont désengagés, 67 % d’entre eux iraient au travail mécaniquement, voire à reculons
Le management toxique est réel, documenté, et ses coûts sont considérables. En France, l’IBET évalue le coût du désengagement à 14 840 euros par salarié et par an en 2024, en hausse de 32 % depuis 2022. Les comportements dénoncés dans l’enquête LiveCareer relèvent souvent moins d’une brutalité assumée que d’un manque d’intégrité ordinaire : favoritisme (36 %), appropriation des succès des autres (30 %), modification des attentes en cours de route (26 %). Ces défaillances sont désormais traitées sans complaisance par la justice. Dans un arrêt du 26 février 2025, la Cour de cassation a validé le licenciement pour faute grave d’un responsable d’agence dont le comportement “lunatique, injustement menaçant et malsain” avait provoqué le départ d’une collaboratrice.
Mais l’enquête s’arrête là où le tableau commence à se compliquer. Car si 76 % des salariés interrogés estiment que les mauvais managers sont omniprésents, une question reste posée : que font les salariés eux-mêmes dans ce tableau ? Une étude Ipsos réalisée pour Qualisocial révèle que 53 % des employés français sont désengagés et que 67 % d’entre eux iraient au travail mécaniquement, voire à reculons. Ce n’est pas seulement un problème de management. C’est aussi un problème d’engagement.
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L’absentéisme des cadres a doublé en quatre ans en France, principalement pour des raisons de désengagement, tandis que chez les moins de 30 ans il a progressé de 32 % sur trois ans. La souffrance est réelle, les chiffres sont là.
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